Côte d’Ivoire : le litre de Super grimpe à 875 FCFA en mai 2026

Close-up of Stir Oil & Gas sign at a filling station in Ikorodu, Nigeria under bright sky.Photo : Raphhill .Jpg / Pexels

La hausse des prix des carburants en Côte d’Ivoire a été officialisée par la Direction générale des hydrocarbures (DGH) pour la période allant du 1er au 31 mai 2026. Le litre de Super sans plomb s’établit désormais à 875 FCFA, un niveau qui rompt avec la relative inertie observée ces derniers mois sur les pompes ivoiriennes. Le gasoil et le pétrole lampant, deux produits structurants pour la mobilité des ménages et l’activité productive, sont également concernés par ce relèvement. Seul le gaz butane échappe au mouvement, ses prix demeurant inchangés sur l’ensemble du territoire national.

Une grille tarifaire révisée par la DGH

L’arbitrage de la DGH s’inscrit dans le cadre du mécanisme d’ajustement mensuel des prix à la pompe, dispositif qui ajuste les tarifs en fonction des cours internationaux du brut, de la parité euro-dollar et des coûts logistiques. La décision de répercuter une partie de la pression sur le consommateur final traduit un resserrement de l’espace budgétaire dont disposent les pouvoirs publics pour amortir les chocs énergétiques. Concrètement, la subvention implicite que l’État ivoirien accorde aux carburants depuis plusieurs trimestres ne suffit plus à neutraliser entièrement la facture importée.

Le maintien du gaz butane à son niveau antérieur n’est pas anodin. Produit de cuisson largement utilisé par les ménages urbains, il reste considéré par Abidjan comme un bien essentiel dont la stabilité conditionne la paix sociale. Cette segmentation, qui consiste à laisser glisser les prix des carburants automobiles tout en sanctuarisant le butane domestique, est devenue une marque de fabrique de la politique énergétique ivoirienne.

Pression sur le pouvoir d’achat et chaîne logistique

L’impact d’un Super à 875 FCFA dépasse le seul portefeuille des automobilistes. Les transporteurs urbains et interurbains, qui opèrent souvent sur des marges étroites, se retrouvent face à un dilemme classique : absorber la hausse au risque de fragiliser leur exploitation, ou la répercuter sur les usagers. Dans les communes populaires d’Abidjan comme dans les axes desservant Bouaké, Yamoussoukro ou San Pedro, le coût du transport reste un déterminant majeur du panier de la ménagère.

Le gasoil, dont la nouvelle tarification accompagne celle du Super, constitue le nerf de la chaîne logistique nationale. Une hausse, même contenue, se diffuse rapidement vers les prix du fret routier, de la distribution alimentaire et des intrants industriels. Pour une économie qui a affiché des taux de croissance robustes ces dernières années, la maîtrise de cette transmission inflationniste est un enjeu de stabilité macroéconomique. Reste que la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) a peu de marges pour amortir un choc d’origine exogène.

Un arbitrage budgétaire de plus en plus contraint

Pour Abidjan, la question n’est plus seulement technique mais politique. Le Trésor ivoirien finance depuis plusieurs années un mécanisme de péréquation qui lisse les variations brutales des cours internationaux. Or, dans un contexte de consolidation budgétaire négociée avec les partenaires multilatéraux, la soutenabilité de ces transferts est régulièrement réinterrogée. Le Fonds monétaire international, dans le cadre de ses revues, plaide pour un ciblage plus fin des subventions énergétiques, jugées coûteuses et insuffisamment redistributives.

La trajectoire ivoirienne s’inscrit par ailleurs dans une dynamique régionale. Plusieurs pays de la zone UEMOA ont déjà engagé des révisions tarifaires comparables, signe que la pression haussière sur les hydrocarbures importés ne faiblit pas. Le démarrage progressif de la production pétrolière du champ Baleine, opéré par Eni au large des côtes ivoiriennes, est censé renforcer à terme la sécurité d’approvisionnement et alléger la facture en devises. Mais l’effet sur les prix domestiques restera indirect, tant les mécanismes de fixation des tarifs à la pompe reposent sur des cotations internationales.

Dans l’immédiat, les opérateurs économiques scrutent la prochaine fenêtre d’ajustement, début juin, pour mesurer si la hausse de mai marque un point d’inflexion durable ou un simple soubresaut. La capacité du gouvernement à articuler discipline budgétaire et amortissement social déterminera l’acceptabilité de futures révisions. Selon Financial Afrik.

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Moussa Kéita
Spécialiste des matières premières et de la transition énergétique, Moussa Kéita suit les filières pétrolières, gazières et minières africaines. Il s'intéresse particulièrement à la gouvernance des ressources extractives, aux nouveaux projets d'hydrogène vert et aux tensions géopolitiques autour des minerais stratégiques comme le cobalt et le lithium.

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