Emmanuel Macron a fait escale en Éthiopie ce mercredi, au lendemain du sommet Afrique-France organisé à Nairobi. Le chef de l’État français entend ainsi prolonger son déplacement régional par une rencontre avec les autorités éthiopiennes, dans un pays décrit par l’Élysée comme un partenaire amical. Cette étape, plus brève que le rendez-vous kényan, n’en revêt pas moins une portée diplomatique notable pour Paris.
Addis-Abeba, étape diplomatique au cœur de la Corne de l’Afrique
Le choix d’Addis-Abeba ne tient pas du hasard. La capitale éthiopienne accueille le siège de l’Union africaine ainsi que la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique, ce qui en fait un point de passage quasi obligé pour les dirigeants étrangers soucieux d’afficher une relation continentale structurée. En posant le pied dans cette ville, le président français signale son intention de dialoguer aussi bien avec les autorités nationales qu’avec les institutions panafricaines qui y sont implantées.
La Corne de l’Afrique demeure par ailleurs une zone d’attention stratégique majeure. Entre les tensions persistantes au Tigré, les recompositions sécuritaires au Soudan voisin et la concurrence croissante des puissances extérieures, notamment du Golfe, de la Chine et de la Russie, la diplomatie française cherche à préserver des marges d’influence. L’Éthiopie, avec ses quelque 120 millions d’habitants, constitue un poids démographique et politique difficile à ignorer.
Un partenariat bilatéral en quête de relance
La relation entre Paris et Addis-Abeba s’est consolidée ces dernières années autour de plusieurs chantiers concrets. La coopération culturelle, avec la restauration du palais de Menelik et le soutien au patrimoine de Lalibela, occupe une place visible. À cela s’ajoutent des projets dans la défense, marqués par l’accord de coopération militaire signé en 2019, ainsi qu’un volet économique progressivement étoffé autour des infrastructures et des transports.
Cette escale offre l’occasion d’évaluer l’état d’avancement de ces dossiers et d’identifier de nouveaux leviers de coopération. L’Éthiopie, qui sort d’une période de conflit interne particulièrement éprouvante, cherche à attirer les investisseurs étrangers pour soutenir une économie fragilisée par l’inflation et la dette. Les entreprises françaises présentes localement, dans l’énergie, l’aéronautique ou les services, peuvent y trouver des opportunités, à condition que le climat sécuritaire et politique se stabilise durablement.
Reste que le contexte régional demeure tendu. Le rapprochement entre Addis-Abeba et certaines puissances non occidentales, en particulier dans le cadre des Brics, où l’Éthiopie a fait son entrée en 2024, modifie la donne diplomatique. Paris doit composer avec cette nouvelle architecture des alliances, qui réduit mécaniquement l’influence traditionnelle des partenaires européens.
Une séquence africaine à forte portée symbolique
L’enchaînement Nairobi-Addis-Abeba illustre la volonté présidentielle de marquer une présence française sur l’ensemble du flanc oriental du continent, longtemps moins investi que l’Afrique de l’Ouest francophone. Le sommet kényan, articulé autour des enjeux économiques et climatiques, avait déjà donné le ton d’une diplomatie qui cherche à dépasser le seul pré carré historique. L’étape éthiopienne complète cette logique en ajoutant une dimension panafricaine et géopolitique.
Pour les observateurs, cette tournée s’inscrit dans une stratégie plus large de repositionnement, alors que la France a vu son influence reculer dans plusieurs pays du Sahel ces dernières années. En multipliant les signaux vers les capitales d’Afrique de l’Est, Paris tente de redéfinir le contour de ses partenariats et d’asseoir une présence moins exposée aux contestations qui ont caractérisé son rapport à l’Afrique de l’Ouest. La portée concrète de ce repositionnement dépendra largement des engagements pris durant cette escale et de leur traduction effective dans les mois à venir.
Concrètement, l’enjeu pour la diplomatie française tient autant à la qualité des annonces qu’à leur suivi opérationnel. Les autorités éthiopiennes, attentives aux gestes de Paris, jugeront le partenariat à l’aune des financements mobilisés et de la constance politique affichée. Selon PressAfrik, la visite est explicitement placée sous le signe de l’amitié bilatérale.
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