Israël aurait installé des bases secrètes en Irak contre l’Iran

Bradley Fighting Vehicle and soldier in desert training operation under clear sky.Photo : Art Guzman / Pexels

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La presse américaine relance le débat sur l’usage du territoire irakien comme arrière-base d’opérations israéliennes contre l’Iran. D’après une enquête du New York Times relayée par le quotidien libanais Al Akhbar, Israël aurait préparé et activé des installations secrètes en Irak, conçues pour servir de points d’appui à ses actions visant le programme militaire et nucléaire iranien. L’information, si elle se confirme, modifie en profondeur la lecture du dernier cycle d’affrontement ouvert entre Tel-Aviv et Téhéran.

Selon les éléments rapportés, ces bases auraient été montées en amont des frappes israéliennes conduites au cours des derniers mois contre des cibles iraniennes. L’Irak, officiellement neutre et lié par accord de coopération sécuritaire à l’Iran voisin, se retrouverait ainsi instrumentalisé à son insu, ou avec la complicité de certains réseaux locaux. Le procédé, classique dans la doctrine israélienne de projection à distance, prend ici une dimension politique inédite.

Un dispositif clandestin tourné vers le territoire iranien

Les installations décrites par le quotidien new-yorkais auraient été utilisées pour le lancement de drones, le pré-positionnement d’équipements et la coordination d’agents opérant sur le sol iranien. Le choix de l’Irak n’a rien d’anodin. Sa proximité géographique avec l’ouest iranien, où sont concentrés plusieurs sites stratégiques de Téhéran, en fait un tremplin opérationnel idéal pour des engins à rayon d’action limité. La discrétion du dispositif aurait reposé sur des structures civiles de couverture et sur l’exploitation de zones échappant au contrôle effectif du gouvernement central.

Cette logique recoupe les informations diffusées ces derniers mois par plusieurs capitales régionales, qui pointaient une activité aérienne suspecte au-dessus du désert occidental irakien. Téhéran avait, à plusieurs reprises, accusé des acteurs étrangers d’utiliser le territoire irakien pour mener des opérations hostiles. Les autorités iraniennes ont d’ailleurs frappé en 2024 des positions présentées comme des centres de renseignement israéliens à Erbil, dans la région autonome du Kurdistan. La révélation du New York Times apporte un éclairage convergent sur ces frappes, longtemps minimisées par Bagdad.

Bagdad sous pression entre Téhéran et Washington

La position du Premier ministre Mohammed Chia al-Soudani devient particulièrement délicate. Son gouvernement, porté par le Cadre de coordination chiite proche de Téhéran, défend une ligne d’équilibre entre les États-Unis, qui maintiennent une présence militaire résiduelle, et l’Iran, dont l’influence politique, économique et religieuse reste prégnante. Reconnaître l’existence de bases israéliennes équivaudrait à un séisme intérieur. Les nier expose à une perte de crédibilité face à des partenaires régionaux qui disposent désormais d’éléments concordants.

Plusieurs factions des Hachd al-Chaabi, mobilisation populaire intégrée à l’appareil sécuritaire irakien, ont déjà réclamé une enquête parlementaire et la convocation des responsables du renseignement. Des voix au sein du Parlement de Bagdad évoquent une atteinte caractérisée à la souveraineté nationale et exigent des comptes sur la capacité réelle de l’État à contrôler son espace aérien et ses frontières. Le dossier risque de raviver la querelle récurrente autour du maintien des troupes de la coalition internationale, perçues par une partie de la classe politique comme un paravent à des activités tierces.

Une nouvelle équation pour la confrontation Israël-Iran

Pour Tel-Aviv, l’avantage tactique est clair. Disposer d’un point d’appui à quelques centaines de kilomètres des installations iraniennes réduit le coût logistique des opérations, limite l’exposition de l’aviation israélienne au-dessus de la Jordanie ou de la Syrie, et brouille la traçabilité des frappes. Pour Téhéran, c’est une humiliation stratégique : la République islamique avait fait de l’Irak un glacis défensif depuis la chute de Saddam Hussein. L’apparition d’un dispositif adverse sur ce terrain consolidé constitue une faille politique autant que militaire.

Reste l’effet régional. L’Arabie saoudite, la Jordanie et la Turquie observent avec attention la manière dont Bagdad va gérer la séquence. Une réponse trop conciliante envers Téhéran pourrait éloigner les capitales du Golfe engagées dans la normalisation avec Israël. Une réaction trop ferme contre Washington compromettrait les flux d’investissements et la coopération antiterroriste. Concrètement, l’Irak se retrouve placé devant un choix qu’il s’efforce d’éviter depuis deux décennies : trancher publiquement entre ses alliés rivaux. Selon Al Akhbar, qui cite l’enquête du New York Times, le dossier devrait occuper les prochaines sessions du Conseil de sécurité nationale irakien.

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Ibrahim El Hadj
Correspondant Moyen-Orient, Ibrahim El Hadj suit les dossiers géopolitiques et économiques de la région, avec un intérêt particulier pour les investissements du Golfe en Afrique, les routes commerciales de la mer Rouge et la diplomatie énergétique. Arabophone et francophone, il travaille sur les sources libanaises, algériennes et émiraties.

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