Chine-Afrique : Pékin supprime les droits de douane sur 53 pays

Explore the bustling urban life of Nanjing with this vibrant street market scene featuring local shops and a passerby.Photo : Abderrahmane Habibi / Pexels

La décision est entrée en vigueur le 1er mai : la Chine a aboli l’intégralité des droits de douane frappant les marchandises issues de 53 pays africains. Officiellement, Pékin entend offrir un débouché préférentiel à un continent dont il est déjà le premier partenaire commercial. Concrètement, l’exemption tarifaire couvre la quasi-totalité des États du continent, signataires ou non d’accords bilatéraux structurés avec la deuxième économie mondiale. La mesure prolonge l’esprit du Forum sur la coopération sino-africaine (FOCAC) et matérialise une promesse formulée de longue date par les autorités chinoises.

Yiwu, laboratoire grandeur nature du commerce sino-africain

L’effet est particulièrement visible à Yiwu, dans la province du Zhejiang. Cette ville de l’est chinois abrite le plus vaste marché de gros de la planète, où transitent textiles, électronique grand public, jouets, accessoires et biens de consommation courante destinés à des centaines de pays. Des milliers de négociants africains y opèrent en permanence, certains installés depuis plus d’une décennie. Pour eux, la suppression des barrières tarifaires modifie immédiatement les conditions d’arbitrage entre fournisseurs chinois et acheteurs basés à Lagos, Douala, Abidjan ou Dakar.

Sur place, les commerçants des deux rives parlent d’un effet d’accélération palpable. La logique est mécanique : à prix d’achat équivalent, le coût final de revente sur les marchés africains baisse, ce qui élargit la marge des intermédiaires et stimule les volumes commandés. Plusieurs négociants africains interrogés en Chine évoquent une hausse rapide de leurs flux depuis l’entrée en vigueur de la mesure, sans toutefois pouvoir encore en chiffrer l’ampleur définitive.

Une arme commerciale dans la rivalité avec Washington

La temporalité de l’annonce n’est pas neutre. Alors que l’administration américaine durcit sa politique tarifaire à l’égard de nombreuses économies émergentes et que l’avenir de l’African Growth and Opportunity Act (AGOA) reste suspendu à des arbitrages politiques à Washington, Pékin déroule un message inverse : ouverture, prévisibilité, gratuité d’accès. Le contraste est soigneusement entretenu. Pour les capitales africaines, l’arbitrage entre partenaires devient plus lisible, au moins sur le terrain de la fiscalité douanière.

Reste que la mesure profite d’abord aux exportateurs africains capables de pénétrer le marché chinois, lequel demeure exigeant en matière de normes sanitaires, phytosanitaires et techniques. Les filières agricoles transformées, le cacao, le café, les fruits tropicaux, certains minerais à valeur ajoutée ou encore le cuir constituent les premiers candidats crédibles. À l’inverse, les économies dont les exportations vers la Chine restent dominées par les hydrocarbures et le minerai brut – déjà largement exemptés ou peu taxés – n’en tireront qu’un bénéfice marginal.

Un déséquilibre structurel qui demeure

La balance commerciale entre la Chine et l’Afrique reste structurellement défavorable au continent. Pékin exporte massivement des produits manufacturés tandis qu’il importe pour l’essentiel des matières premières peu transformées. La suppression des droits de douane ne corrige pas, à elle seule, cette asymétrie. Elle peut toutefois inciter certains États africains à accélérer la montée en gamme de leurs filières d’exportation, condition nécessaire pour capter une part significative de la demande chinoise hors hydrocarbures.

L’enjeu logistique pèse également. L’acheminement de marchandises africaines vers la Chine se heurte à des coûts de fret élevés, à des infrastructures portuaires inégales et à la rareté des lignes maritimes directes vers les ports du Zhejiang ou du Guangdong. Sans investissements parallèles dans la chaîne logistique, l’avantage tarifaire risque d’être en partie absorbé par les frais d’approche. Pékin, qui finance déjà ports et corridors ferroviaires via les Nouvelles routes de la soie, dispose toutefois des leviers pour combler ce chaînon manquant.

Du côté des opérateurs privés, l’horizon des prochains mois sera celui d’une recomposition fine des chaînes d’approvisionnement. Les centrales d’achat africaines présentes à Yiwu, à Guangzhou ou à Shenzhen pourraient renforcer leur poids dans le commerce intercontinental, au détriment partiel des intermédiaires européens et émiratis. Pour les autorités africaines, la mesure constitue un test : transformer une concession tarifaire en gain industriel durable suppose une stratégie commerciale offensive, encore à construire. Selon RFI Afrique.

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Serge Kaboré
Journaliste politique, Serge Kaboré suit les trajectoires électorales et la gouvernance publique dans l'espace francophone ouest-africain. Ses analyses portent sur les alternances démocratiques, la réforme de l'État, les transitions militaires et les politiques publiques structurantes dans les domaines de l'éducation et de la santé.

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