Sénégal : Moundiaye Cissé exige le respect du code électoral

Scenic view of colorful colonial buildings and boats on Goree Island, Senegal.Photo : Emeka Mbaebie / Pexels

La concertation nationale envisagée au Sénégal suscite déjà des prises de position fermes au sein de la société civile. Moundiaye Cissé, figure reconnue du paysage associatif et directeur exécutif de l’ONG 3D, a publiquement plaidé pour que ce processus s’inscrive dans le strict respect du code électoral en vigueur. L’enjeu, selon lui, dépasse la simple mise en scène d’un rendez-vous politique : il s’agit de garantir la cohérence du cadre institutionnel et la stabilité du jeu démocratique sénégalais.

Un cadre légal jugé non négociable

Pour le responsable de la société civile, toute discussion entre acteurs politiques doit s’arrimer aux textes existants. Le code électoral sénégalais, fruit d’une succession de réformes négociées depuis les années 1990, constitue à ses yeux le socle minimal sur lequel doit reposer la concertation. Modifier ses équilibres au gré des rapports de force du moment exposerait, selon ce raisonnement, le pays à une fragilisation durable de la confiance entre les camps.

Cette insistance n’a rien d’anecdotique. Le Sénégal sort d’une séquence politique éprouvante, marquée par la crise de février 2024 autour du report initial de la présidentielle et par l’alternance qui a porté Bassirou Diomaye Faye au pouvoir. Dans ce contexte, la moindre inflexion réglementaire est scrutée à l’aune des standards démocratiques que Dakar a longtemps revendiqués sur la scène ouest-africaine.

La société civile en vigie du processus

Moundiaye Cissé n’en est pas à son premier appel. L’ONG 3D, qu’il dirige, s’est imposée depuis plusieurs années comme un observateur méthodique des scrutins et des réformes électorales au Sénégal. Sa parole porte d’autant plus que la société civile sénégalaise occupe historiquement un rôle de tampon entre majorité et opposition, notamment lors des crises post-électorales.

L’intéressé plaide pour un dialogue qu’il qualifie d’approfondi, c’est-à-dire qui ne se limite pas aux convenances protocolaires. Concrètement, cela suppose un agenda précis, des thématiques clairement identifiées en amont et la participation de l’ensemble des forces vives, y compris celles qui se trouvent aujourd’hui en marge du pouvoir. Une concertation sans contenu réel, ramenée à un exercice de communication, manquerait sa cible.

Cette exigence de méthode renvoie à une critique récurrente adressée aux dialogues nationaux organisés en Afrique de l’Ouest : trop souvent annoncés en grande pompe, ils débouchent sur des recommandations dont la mise en œuvre s’enlise. Le directeur exécutif de 3D semble vouloir prévenir ce travers en posant, dès le départ, les conditions d’une discussion utile.

Un test pour la nouvelle gouvernance

Pour les autorités sénégalaises, la manière dont sera conduite cette concertation constituera un signal envoyé tant aux acteurs politiques internes qu’aux partenaires extérieurs. Bailleurs, observateurs régionaux et chancelleries surveillent la trajectoire institutionnelle de Dakar, considérée comme un baromètre démocratique dans une sous-région éprouvée par les ruptures constitutionnelles de ces dernières années.

Le respect du code électoral, brandi par Moundiaye Cissé, recouvre des questions très concrètes : conditions d’éligibilité, fichier électoral, financement des campagnes, statut de l’opposition. Autant de chantiers techniques qui, pris isolément, paraissent arides, mais dont la combinaison détermine la sincérité d’un scrutin. Reste que l’arbitrage entre demandes de réformes et préservation du cadre existant relève d’un équilibre délicat, que le pouvoir devra trancher.

Par ailleurs, l’appel au dialogue approfondi tranche avec la tentation, fréquente dans les exécutifs récemment installés, de capitaliser sur la légitimité des urnes pour avancer sans contrepoids. La capacité du gouvernement à entendre ces voix critiques sans les neutraliser dira beaucoup de la maturité du nouveau cycle politique sénégalais. Selon Dakaractu.

Pour aller plus loin

Sénégal : la coalition Diomaye conteste la réforme du code électoral · Sénégal : Diomaye Faye dévoile son avant-projet de révision constitutionnelle · Daaka de Médina Gounass : l’État sénégalais promet la modernisation

Actualité africaine

About the Author

Serge Kaboré
Journaliste politique, Serge Kaboré suit les trajectoires électorales et la gouvernance publique dans l'espace francophone ouest-africain. Ses analyses portent sur les alternances démocratiques, la réforme de l'État, les transitions militaires et les politiques publiques structurantes dans les domaines de l'éducation et de la santé.

Be the first to comment on "Sénégal : Moundiaye Cissé exige le respect du code électoral"

Laisser un commentaire