Mali : un proche du chérif de Nioro appelle au dialogue avec le Jnim

Vibrant city street in Africa with colorful buildings and local activity.Photo : Faruk Tokluoğlu / Pexels

L’appel au dialogue émis samedi 16 mai par un proche du chérif de Nioro intervient dans un climat sécuritaire profondément détérioré au Mali. Le même jour, plusieurs autocars de transport en commun ont été incendiés aux abords de Bamako, attribués à des combattants présumés du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (Jnim), structure affiliée à al-Qaïda au Maghreb islamique. Depuis fin avril, cette katiba impose un blocus de fait à la capitale malienne, asphyxiant les axes d’approvisionnement et fragilisant un peu plus l’économie urbaine.

Le chérif de Nioro, voix religieuse incontournable

Mohamed Ould Cheikhna Haïdara, dit le chérif de Nioro, demeure l’une des figures spirituelles les plus écoutées du Mali. Guide de la confrérie tidjane et autorité morale dans le nord-ouest du pays, il jouit d’une influence qui déborde largement le cadre religieux pour irriguer le champ politique. Ses prises de parole, rares mais pesantes, ont rythmé les grandes séquences politiques maliennes depuis la chute d’Ibrahim Boubacar Keïta en 2020. Le fait qu’un de ses proches s’exprime publiquement pour réclamer l’ouverture de pourparlers avec les groupes armés n’a donc rien d’anodin.

Cette sortie traduit une inquiétude grandissante au sein des élites religieuses face à l’enkystement du conflit. Le blocus jihadiste sur Bamako, doublé d’attaques répétées contre les convois civils, met à nu la fragilité du dispositif sécuritaire malien, malgré les renforts russes du groupe Africa Corps déployés depuis le retrait de Wagner. La capitale, longtemps épargnée par la violence directe, voit désormais ses faubourgs frappés en plein jour.

Un blocus qui asphyxie la capitale malienne

Depuis le mois d’avril, le Jnim a multiplié les opérations visant les flux logistiques entre Bamako et le reste du pays. Les attaques sur les axes routiers stratégiques, notamment ceux reliant la capitale à la Côte d’Ivoire, au Sénégal et à la Mauritanie, ont provoqué une raréfaction du carburant et un renchérissement de plusieurs produits de première nécessité. Pour une économie déjà sous tension, fragilisée par les sanctions passées de la Cédéao et la rupture avec plusieurs partenaires occidentaux, le choc est sérieux.

L’incendie de bus aux portes de Bamako le 16 mai constitue un palier symbolique. Frapper les transports urbains revient à porter la guerre dans le quotidien des Bamakois, à dissuader la mobilité et à éprouver la capacité de l’État à protéger ses administrés sur son cœur stratégique. La junte dirigée par le général Assimi Goïta, au pouvoir depuis le coup d’État de 2021, se retrouve confrontée à un dilemme stratégique majeur : tenir une ligne du tout-militaire qui peine à produire des résultats, ou ouvrir une fenêtre politique vers des interlocuteurs jusqu’ici qualifiés de terroristes.

La piste du dialogue, un tabou en recul

Le dialogue avec les groupes jihadistes reste officiellement proscrit par les autorités de transition. Bamako a longtemps refusé d’envisager toute discussion avec le Jnim d’Iyad Ag Ghaly ou avec l’État islamique au Sahel. Pourtant, plusieurs initiatives locales, parfois portées par des chefs coutumiers ou religieux, ont permis ces dernières années de négocier des trêves temporaires dans certaines régions, notamment dans le centre du pays. La parole du chérif de Nioro pourrait donner une légitimité nouvelle à cette voie discrète.

Reste que les marges de manœuvre sont étroites. La junte malienne a fait du discours souverainiste et de la fermeté antijihadiste un pilier de sa communication, et tout infléchissement serait politiquement coûteux. Par ailleurs, les exigences présumées du Jnim, qui inclueraient l’application stricte de la charia dans les zones contrôlées, demeurent inconciliables avec l’ordre constitutionnel malien. Dans le même temps, la pression militaire ne suffit manifestement plus à inverser la dynamique sur le terrain, comme en témoigne l’extension du blocus jusqu’aux abords immédiats de la capitale.

Pour les partenaires régionaux, à commencer par les voisins de la Confédération des États du Sahel, l’appel lancé depuis Nioro constitue un signal politique à surveiller. Il témoigne d’un débat interne qui mûrit, à mesure que le coût humain et économique du conflit s’alourdit. Selon RFI Afrique, le proche du chérif a explicitement plaidé pour l’ouverture d’un dialogue, sans préciser les contours qu’il pourrait prendre.

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Fatoumata Sow
Analyste géopolitique, Fatoumata Sow est experte des dynamiques sécuritaires au Sahel et dans la Corne de l'Afrique. Elle a travaillé plusieurs années comme chercheuse dans des think tanks panafricains avant de rejoindre la presse. Ses analyses croisent les dimensions militaire, humanitaire et diplomatique des conflits régionaux.

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