La disparition de l’USAID, agence américaine de développement longtemps pilier de l’aide internationale, ne se traduit pas seulement par des hôpitaux à court de médicaments ou des distributions alimentaires interrompues. Une recherche publiée dans la revue Science documente un effet collatéral plus rarement quantifié : une montée des violences sur le continent africain, comprise entre 5 et 10 % par rapport à la période précédant le démantèlement de l’agence. Le chiffre, en apparence modeste, recouvre des milliers d’incidents supplémentaires dans des régions déjà fragilisées par les insurrections, les conflits communautaires et les trafics transfrontaliers.
Une corrélation statistique entre retrait de l’aide et flambée des violences
Les travaux relayés par Science s’appuient sur la comparaison des données d’incidents violents avant et après l’arrêt des programmes financés par Washington. La méthodologie isole les zones où l’USAID intervenait massivement et observe une trajectoire divergente par rapport aux territoires moins exposés à ses financements. Là où l’agence soutenait des projets d’agriculture, d’éducation, de cohésion sociale ou de gouvernance locale, le retrait abrupt s’est accompagné d’une multiplication d’affrontements armés, d’attaques contre les civils et de pillages.
Le mécanisme identifié par les chercheurs est moins celui d’un choc direct que d’un effet de désorganisation. Les programmes américains structuraient des écosystèmes entiers : organisations communautaires, ONG locales, médiateurs traditionnels, dispositifs de prévention des conflits. Leur interruption brutale a privé ces acteurs de ressources, ouvrant des espaces qu’occupent désormais groupes armés et économies illicites. Le phénomène est particulièrement visible au Sahel, dans la Corne de l’Afrique et autour du bassin du lac Tchad.
Le Sahel et la Corne de l’Afrique en première ligne
Les régions où l’aide américaine pesait le plus lourd dans la balance sécuritaire sont mécaniquement les plus touchées. Au Sahel, où les financements de l’USAID complétaient les actions militaires françaises puis européennes avant les ruptures diplomatiques récentes, la disparition de l’agence laisse un vide difficile à combler. Les programmes de résilience destinés aux jeunes ruraux, souvent cibles prioritaires des recruteurs jihadistes, comptaient parmi les premières victimes des coupes budgétaires décidées à Washington.
La Corne de l’Afrique présente un profil comparable. Somalie, Soudan du Sud et est de la République démocratique du Congo voyaient transiter par l’USAID une part substantielle de l’aide humanitaire et stabilisatrice internationale. Sans relais immédiat, les centres de santé, les écoles de fortune et les dispositifs de protection des déplacés s’effondrent, accélérant les déplacements de population et alimentant en retour les économies de guerre. Le lien entre privation soudaine de services et basculement vers la violence, longtemps théorique, devient empiriquement démontré.
Une équation géopolitique recomposée pour les bailleurs
La publication de Science arrive à un moment où les bailleurs européens, le Royaume-Uni et plusieurs États du Golfe réévaluent leur propre engagement africain. L’Union européenne, à travers son instrument NDICI-Global Europe, hésite entre montée en puissance et resserrement budgétaire. La France, elle, a reconfiguré son aide via l’Agence française de développement dans un contexte de retrait politique d’une partie de ses zones d’influence historiques. La Chine, le Japon et les Émirats arabes unis avancent leurs pions, mais sans recouvrir le spectre couvert par l’agence américaine, notamment sur les volets gouvernance et société civile.
Pour les décideurs africains, l’enseignement est ambivalent. La dépendance à un bailleur unique apparaît rétrospectivement comme une vulnérabilité stratégique majeure. Plusieurs États avaient adossé des pans entiers de leurs politiques de santé, d’éducation rurale et de prévention des conflits à des financements américains supposés pérennes. Le retrait brutal force aujourd’hui les ministères concernés à arbitrer dans l’urgence entre maintien des services et investissements de souveraineté.
Reste la question du chiffrage humain. Une hausse de 5 à 10 % des évènements violents représente, à l’échelle d’un continent qui comptait déjà parmi les plus exposés aux conflits armés en 2024 selon l’Armed Conflict Location and Event Data Project (ACLED), un coût humain considérable. Les chercheurs n’établissent pas de bilan en vies humaines, mais soulignent que la corrélation se vérifie sur l’ensemble des typologies d’incidents recensés. Selon RFI Afrique, ces conclusions devraient nourrir le débat international sur la responsabilité des bailleurs lorsqu’ils interrompent leurs engagements sans transition organisée.
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