Le Soudan vient à nouveau de payer un lourd tribut à une guerre qui dure depuis plus de deux ans. Une frappe de drone a tué au moins 28 personnes et blessé plusieurs dizaines d’autres sur un marché bondé, selon des sources locales relayées par la presse. L’attaque, survenue en pleine journée, a visé un point de rassemblement civil où s’entassaient commerçants, ménagères et déplacés venus s’approvisionner en denrées de première nécessité.
Aucune partie n’a, à ce stade, revendiqué la frappe. Les autorités militaires soudanaises et les Forces de soutien rapide (FSR) du général Mohammed Hamdan Dagalo, dit « Hemedti », se rejettent mutuellement la responsabilité des bombardements visant les zones densément peuplées. Depuis le déclenchement des hostilités le 15 avril 2023, ce schéma d’accusations croisées s’est installé comme une routine macabre, sans que les enquêtes indépendantes ne parviennent à trancher.
Une guerre de drones qui s’enracine dans la Corne de l’Afrique
L’épisode confirme la montée en puissance des drones armés dans l’arsenal des belligérants soudanais. Les Forces de soutien rapide, longtemps cantonnées à une infanterie mobile sur pick-up, disposent désormais d’engins de moyenne portée capables de viser des cibles à plusieurs centaines de kilomètres. L’armée régulière, dirigée par le général Abdel Fattah al-Burhane, exploite quant à elle des appareils plus lourds, frappant régulièrement des positions tenues par les paramilitaires.
Plusieurs rapports d’experts onusiens ont documenté l’afflux d’équipements étrangers, en provenance notamment du Golfe et de l’Iran, ainsi que des transferts en provenance de Turquie. Cette internationalisation discrète du conflit soudanais transforme un affrontement initialement domestique en théâtre d’expérimentation pour des doctrines de guerre asymétrique. Le marché ciblé cette semaine s’ajoute à une longue liste d’infrastructures civiles touchées : hôpitaux d’El-Facher, files d’attente devant les boulangeries d’Omdourman, camps de déplacés du Darfour.
Un désastre humanitaire qui dépasse l’entendement
Le bilan global de la guerre soudanaise atteint des proportions vertigineuses. Selon les agences onusiennes, plus de 12 millions de personnes ont été déplacées à l’intérieur du pays ou réfugiées dans les États voisins, faisant de cette crise le plus important mouvement de population au monde. Le Tchad, le Soudan du Sud et l’Égypte absorbent la majeure partie de ce flux, avec des conséquences directes sur leur propre stabilité.
Sur le terrain alimentaire, la situation a basculé dans la famine déclarée pour plusieurs zones du Darfour et du Kordofan. Les agences humanitaires peinent à acheminer l’aide, prises en étau entre les lignes de front mouvantes et les exigences fiscales ou sécuritaires des belligérants. Les attaques répétées contre les marchés, comme celle qui vient d’endeuiller la population, achèvent de désorganiser les circuits commerciaux locaux et privent les ménages des derniers points d’approvisionnement de proximité.
Une médiation internationale à l’arrêt
Sur le plan diplomatique, les initiatives de Djeddah, portées conjointement par l’Arabie saoudite et les États-Unis, ont produit peu de résultats tangibles. L’Union africaine, l’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD) et la Ligue arabe avancent en ordre dispersé, chaque organisation reflétant les sensibilités des États qui parrainent l’un ou l’autre camp. La nomination, en 2024, d’un envoyé personnel des Nations unies n’a pas davantage permis de rapprocher les positions.
Pour les chancelleries africaines, la guerre du Soudan agit désormais comme un révélateur des fractures du continent. Le Caire soutient ouvertement Port-Soudan, Abou Dhabi est régulièrement accusé d’appuyer les paramilitaires, tandis que les pays sahéliens observent avec inquiétude la circulation d’armes et de combattants. Reste que sans cessez-le-feu crédible, chaque frappe supplémentaire enfonce un peu plus le Soudan dans un scénario somalien à grande échelle, avec des conséquences durables pour toute la Corne de l’Afrique. Selon Info 241, le bilan provisoire de la frappe s’établit à au moins 28 morts.
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