Gaza : Washington s’apprête à fermer son centre de coordination civilo-militaire

Anonymous man carrying bag of rugs between ethnic friends and children on dry roadway with truck under cloudy blue skyPhoto : Ahmed akacha / Pexels

Le centre de coordination américain pour Gaza, structure créée par l’administration Trump pour piloter la mise en œuvre du cessez-le-feu et superviser les flux d’aide humanitaire vers l’enclave, devrait prochainement cesser ses activités. L’information, attribuée à l’agence Reuters et reprise par la presse arabophone, marque une inflexion notable de la posture américaine à l’égard du dossier palestinien, quelques mois seulement après le lancement de cette initiative présentée comme la pièce maîtresse du dispositif post-conflit voulu par la Maison-Blanche.

Un dispositif conçu comme la cheville ouvrière du cessez-le-feu

Le Civil-Military Coordination Center (CMCC), implanté dans le sud d’Israël à proximité de la bande de Gaza, a été établi pour servir d’interface entre l’armée israélienne, les agences onusiennes, les organisations non gouvernementales et les partenaires régionaux engagés dans l’acheminement de l’aide. Sa mission affichée consistait à fluidifier la circulation des convois humanitaires, à prévenir les incidents sécuritaires aux points de passage et à assurer un suivi opérationnel de la trêve négociée sous la médiation conjointe des États-Unis, du Qatar et de l’Égypte.

La structure réunissait plusieurs centaines de militaires américains, britanniques et de pays partenaires, ainsi que des civils détachés par diverses agences. Elle se présentait comme un instrument de présence sans déploiement direct dans Gaza, conformément à la ligne rouge tracée par Washington : aucune botte américaine sur le sol de l’enclave. Sa fermeture, si elle est confirmée dans les délais évoqués par Reuters, surviendrait alors que le cessez-le-feu reste fragile et que la reconstruction n’a pas véritablement débuté.

Un retrait qui interroge la stratégie américaine

Plusieurs lectures s’offrent aux chancelleries de la région. La première, technique, voudrait que le CMCC ait achevé sa phase initiale de déploiement et que ses fonctions soient progressivement transférées à des entités civiles ou à des partenaires locaux. La seconde, plus politique, y verrait le signe d’un essoufflement de l’engagement américain, dans un contexte où l’administration Trump cherche à réduire l’empreinte militaire des États-Unis au Moyen-Orient et à transférer la charge sécuritaire vers ses alliés régionaux.

La fermeture pose également la question de la continuité de la coordination humanitaire. Les agences onusiennes, en particulier le Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA) et le Programme alimentaire mondial (PAM), s’appuyaient sur le centre pour sécuriser leurs itinéraires et obtenir les autorisations nécessaires auprès du Cogat israélien. Sans ce relais, les organisations risquent de se retrouver en relation bilatérale directe avec l’armée israélienne, configuration qui avait montré ses limites dans les premiers mois du conflit.

Doha, Le Caire et Ramallah à la manœuvre

Le Qatar et l’Égypte, qui ont porté à bout de bras les pourparlers indirects entre Israël et le Hamas, observent avec attention ce repli annoncé. Doha, qui héberge encore le bureau politique du mouvement islamiste, redoute qu’un désengagement américain ne fragilise les garanties offertes aux belligérants. Le Caire, de son côté, conserve la maîtrise du terminal de Rafah et entend rester un acteur incontournable de toute architecture de sécurisation de l’enclave.

Du côté palestinien, l’Autorité de Ramallah suit le dossier avec circonspection. La fermeture du centre survient alors que se discutent, en coulisses, les contours d’une administration de transition pour Gaza, dans laquelle l’Autorité palestinienne espère retrouver un rôle. Le Hamas, pour sa part, n’a pas réagi publiquement à l’information, mais ses cadres avaient toujours considéré le CMCC comme un instrument d’ingérence étrangère.

Reste l’inconnue israélienne. Le gouvernement de Benjamin Netanyahou a publiquement salué l’engagement américain, tout en veillant à préserver son autonomie de décision sur la sécurité de l’enclave. Un retrait du dispositif laisserait à l’armée israélienne une latitude accrue, au risque d’aggraver les tensions sur le terrain et de compromettre les phases ultérieures de l’accord de cessez-le-feu. Selon Al Akhbar, qui cite Reuters, le calendrier précis de la fermeture n’a pas encore été officiellement communiqué par la Maison-Blanche.

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Ibrahim El Hadj
Correspondant Moyen-Orient, Ibrahim El Hadj suit les dossiers géopolitiques et économiques de la région, avec un intérêt particulier pour les investissements du Golfe en Afrique, les routes commerciales de la mer Rouge et la diplomatie énergétique. Arabophone et francophone, il travaille sur les sources libanaises, algériennes et émiraties.

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