La loi de finances rectificative que prépare le Cameroun pour 2026 marquera la neuvième révision budgétaire d’affilée engagée par le gouvernement de Yaoundé. L’exécutif camerounais entend recalibrer ses prévisions de recettes et de dépenses pour tenir compte d’un environnement international que les services du ministère des Finances jugent désormais incompatible avec les hypothèses retenues à l’automne dernier. La guerre au Moyen-Orient, en particulier, bouleverse les paramètres de prix du baril, des coûts logistiques et des flux de capitaux dont dépend largement l’économie camerounaise.
Une rectification budgétaire devenue rituelle à Yaoundé
Le recours systématique à un collectif budgétaire interpelle plusieurs économistes consultés sur la place. Pour la neuvième année de suite, l’exécutif sera contraint de retoucher des arbitrages votés quelques mois plus tôt par le Parlement, signe selon eux d’une difficulté chronique à caler la programmation pluriannuelle sur des hypothèses crédibles. La répétition de l’exercice transforme un instrument d’ajustement, pensé comme exceptionnel, en mécanisme quasi automatique de la gestion publique camerounaise.
Cette régularité interroge d’autant plus que le Cameroun est engagé dans un programme avec le Fonds monétaire international, lequel exige une trajectoire budgétaire lisible et soutenable. Chaque rectification mobilise du temps administratif, redessine les enveloppes ministérielles et introduit de l’incertitude pour les fournisseurs de l’État, les bailleurs et les investisseurs privés. À Douala, plusieurs opérateurs économiques pointent depuis plusieurs exercices la difficulté à planifier leurs propres engagements lorsque le cadre budgétaire est susceptible d’être remanié en cours d’année.
L’onde de choc moyen-orientale sur les équilibres camerounais
Le conflit qui secoue le Moyen-Orient pèse sur deux variables stratégiques pour Yaoundé. La première est le cours du brut, dont la volatilité affecte directement les recettes pétrolières que la Société nationale des hydrocarbures reverse au Trésor. La seconde concerne le coût des importations, du fret maritime et des produits raffinés que le pays continue de faire venir, faute de capacités suffisantes à la Société nationale de raffinage. Toute hausse durable des prix énergétiques se traduit par un alourdissement de la subvention aux carburants, poste budgétaire que les autorités tentent depuis trois ans de contenir.
Dans le même temps, la prudence des marchés financiers internationaux renchérit le coût de l’endettement extérieur, alors que le Cameroun doit refinancer plusieurs lignes obligataires libellées en devises. Les analystes relèvent que la prime de risque demandée aux émetteurs souverains d’Afrique centrale a sensiblement progressé depuis le second semestre 2025. Cette donne complique la couverture du déficit projeté et nourrit la nécessité d’un ajustement par la dépense.
Programmation financière : une fragilité structurelle pointée du doigt
Pour plusieurs experts financiers, la mécanique répétée des collectifs budgétaires révèle moins une malchance conjoncturelle qu’une faiblesse de fond dans l’élaboration du budget initial. Les hypothèses macroéconomiques retenues, qu’il s’agisse du prix du baril, du taux de croissance ou du rendement des recettes non pétrolières, seraient régulièrement calibrées au-dessus de ce que la conjoncture autorise. Cette tendance optimiste oblige ensuite à des corrections lourdes, qui amputent les crédits d’investissement davantage que les dépenses de fonctionnement.
Le risque, soulignent ces voix, est de voir l’investissement public servir de variable d’ajustement permanente, au détriment des infrastructures et des services dont le pays a besoin pour soutenir une croissance attendue autour de 4 % en 2026. La Commission économique et monétaire d’Afrique centrale, qui veille à la convergence des politiques budgétaires des États membres, observe avec attention ces glissements répétés. Reste que sans réforme du cadre de prévision et sans une discipline accrue sur les hypothèses de départ, l’exercice rectificatif risque de demeurer un passage obligé du calendrier financier camerounais.
Concrètement, la prochaine loi rectificative devrait préciser le quantum des coupes envisagées, la révision du déficit et le calendrier de mobilisation des appuis extérieurs. Les arbitrages politiques entourant ce texte seront scrutés par les bailleurs autant que par les agences de notation, à un moment où la signature souveraine du Cameroun reste sous surveillance. Selon RFI Afrique.
Pour aller plus loin
Côte d’Ivoire-FMI : accord trouvé sur la 6e revue du programme · Le Gabon obtient 150 millions de dollars de la Banque mondiale · Bloomfield Intelligence dévoile son Rapport risque pays 2026

Be the first to comment on "Cameroun : une loi de finances rectificative se profile pour 2026"