Glencore déclare 18,5 milliards de FCFA versés au Cameroun en deux ans

Offshore oil platform in urban harbor, showcasing industrial scenery and oceanic platform structure.Photo : Paul Uchechukwu / Pexels

Le groupe Glencore a versé près de 33,08 millions de dollars, soit environ 18,5 milliards de FCFA, au Cameroun sur les exercices 2024 et 2025, au titre de son unique projet extractif local, Bolongo. Le chiffre ressort des rapports de paiements aux gouvernements publiés par le négociant suisse en application des obligations de transparence imposées au Royaume-Uni aux entreprises actives dans les industries extractives. Sur ce total cumulé, moins de 5 milliards de FCFA correspondent à l’impôt sur les bénéfices, l’essentiel relevant des production entitlements, c’est-à-dire la part de production pétrolière revenant à l’État dans le cadre des contrats de partage.

Les flux reversés transitent par la Société nationale des hydrocarbures (SNH), bras armé de Yaoundé dans le secteur pétrolier. Cette structuration des paiements, où le prélèvement physique sur la production l’emporte largement sur la fiscalité directe, demeure caractéristique des bassins matures camerounais, dont la rentabilité s’érode au rythme de la baisse des volumes.

Un recul marqué entre 2024 et 2025

La comparaison annuelle laisse apparaître un net repli. En 2024, Glencore avait déclaré 21,58 millions de dollars de versements, soit environ 12,1 milliards de FCFA, dont 16,077 millions au titre des droits de production et 5,504 millions au titre des impôts sur les bénéfices. Un an plus tard, l’enveloppe tombe à 11,5 millions de dollars, soit environ 6,5 milliards de FCFA, répartie entre 9,795 millions de production entitlements et 1,705 million de taxes on income.

La baisse touche simultanément les deux composantes de la contribution. Elle reflète d’abord une dynamique opérationnelle dégradée. La production attribuable à Glencore sur Bolongo s’est établie à 161 000 barils en 2025, contre 201 000 barils l’année précédente, soit un recul de 20 % sur douze mois. Cette trajectoire confirme le déclin d’un actif inscrit dans le bassin du Rio del Rey, zone historique du Cameroun pétrolier où plusieurs gisements arrivent en fin de cycle.

Bolongo, seul actif camerounais dans le portefeuille

Le projet Bolongo reste l’unique site camerounais figurant dans la ventilation extractive du groupe. Cette présence circonscrite limite mécaniquement l’exposition de Glencore au pays, et place le Cameroun loin derrière d’autres juridictions africaines de son portefeuille. À titre de comparaison, en Guinée équatoriale, le négociant déclare plus de 214 millions de dollars, soit environ 120,8 milliards de FCFA, versés en 2025 au titre des blocs Aseng et Alen. La répartition y combine droits de production, impôts sur les bénéfices et royalties.

L’écart, d’un ordre de grandeur supérieur à dix, traduit à la fois des volumes nettement plus élevés et une valorisation plus consistante des actifs équato-guinéens, dans un pays voisin de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac). Pour Yaoundé, le contraste met en lumière la faible intensité fiscale de la présence de Glencore sur son territoire, en regard de ce que peut générer un opérateur diversifié dans un bassin plus productif.

Un actif né en 2009, opéré par Perenco depuis 2018

La trajectoire de Bolongo s’inscrit dans le temps long. En 2009, Glencore Exploration Cameroon et la SNH avaient signé un contrat de recherche sur le bloc, dans le bassin du Rio del Rey, avec un engagement d’investissement estimé à 13 millions de dollars, soit environ 7 milliards de FCFA, étalé sur trois ans. Les travaux menés sur le puits Oak avaient ensuite mis en évidence des hydrocarbures, la SNH évoquant à l’époque un débit jugé satisfaisant et une qualité prometteuse d’huile et de réservoir.

En 2018, le négociant suisse a cédé 50 % de ses droits et obligations sur le bloc à Perenco, opérateur franco-britannique devenu chef de file du développement. L’opération devait soutenir la mise en production du champ Oak, créditée alors d’un potentiel d’environ 10 000 barils par jour pour la production nationale. Huit ans plus tard, les chiffres publiés par Glencore racontent une autre histoire : celle d’un gisement déclinant, dont la contribution au budget de l’État camerounais s’amenuise au fil des exercices. Reste à savoir si les opérations conjointes avec Perenco parviendront à enrayer cette érosion, alors que le bassin du Rio del Rey continue de peser dans la production hydrocarbure du pays. Selon Investir au Cameroun.

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Moussa Kéita
Spécialiste des matières premières et de la transition énergétique, Moussa Kéita suit les filières pétrolières, gazières et minières africaines. Il s'intéresse particulièrement à la gouvernance des ressources extractives, aux nouveaux projets d'hydrogène vert et aux tensions géopolitiques autour des minerais stratégiques comme le cobalt et le lithium.

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