L’intégration monétique de l’UEMOA franchit un palier opérationnel. Le Groupement Interbancaire Monétique de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (GIM-UEMOA) a confirmé, le 7 mai 2026 à Dakar, le succès des premiers tests pilotes portant sur le traitement régional des transactions de commerce électronique. Huit établissements bancaires implantés dans six pays de la zone ont participé à cette phase de validation technique, qui constitue le socle de la mise en œuvre de la Décision n°31 du Conseil des ministres de l’Union.
Adoptée pour structurer le routage, la compensation et le règlement des opérations monétiques effectuées à l’intérieur de l’espace communautaire, la Décision n°31 vise un objectif clair : retenir au sein de l’UEMOA la valeur générée par les paiements électroniques. Concrètement, les transactions par carte initiées entre porteurs et commerçants de la zone doivent désormais transiter par l’infrastructure régionale plutôt que par des réseaux internationaux, avec un règlement final en franc CFA.
Huit banques pionnières dans six pays de la zone
Les établissements ayant franchi avec succès cette première étape forment un panel représentatif du paysage bancaire ouest-africain. Le groupe Bank of Africa y figure en force, avec ses filiales de Côte d’Ivoire, du Sénégal, du Niger, du Bénin, du Burkina Faso et du Togo. Deux banques sénégalaises complètent la liste, Coris Bank Sénégal et Crédit du Sénégal, confirmant le rôle de Dakar comme place pilote de l’expérimentation. Six pays sur les huit membres de l’Union sont ainsi déjà partie prenante des premiers flux régionaux conformes.
Pour le GIM-UEMOA, structure technique créée en 2003 et chargée de l’interopérabilité monétique communautaire, ces résultats valident la faisabilité du dispositif. Les tests ont porté sur l’ensemble de la chaîne : autorisation des paiements, routage régional, compensation interbancaire et règlement final. L’enjeu opérationnel est considérable, car le commerce électronique demeure le segment où la dépendance aux schémas internationaux était jusqu’ici la plus marquée dans la zone.
Une souveraineté monétique à plusieurs étages
Au-delà du symbole, la mise en conformité avec la Décision n°31 répond à des préoccupations stratégiques anciennes. La Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) milite de longue date pour la captation locale des commissions d’interchange, qui s’évaporaient vers des centres de traitement situés hors de l’Union. Garder ces flux à l’intérieur de la zone permet de réduire le coût des transactions pour les commerçants, de mieux maîtriser les données de paiement et de renforcer la profondeur du marché interbancaire régional.
Cette logique rejoint une tendance africaine plus large. Le Système panafricain de paiement et de règlement (PAPSS), porté par Afreximbank, poursuit un objectif analogue à l’échelle continentale en limitant le recours au dollar pour les transferts intra-africains. À l’échelle de l’UEMOA, l’avance technologique du GIM, qui exploite déjà un commutateur monétique régional traitant des millions d’opérations par carte chaque année, offre une base solide pour étendre rapidement le périmètre du e-commerce conforme.
Calendrier serré pour les acteurs bancaires
Reste à franchir le passage à l’échelle. Les autres établissements de la zone, notamment ceux du Mali, de la Guinée-Bissau, et les filiales locales des grands groupes panafricains comme Ecobank, NSIA Banque, Société Générale ou Attijariwafa Bank, devront aligner leurs systèmes d’information sur le standard régional. La phase pilote ouvre la voie à une généralisation progressive, dont les autorités communautaires devraient préciser le calendrier dans les prochains mois.
Les fintechs et agrégateurs de paiement, très actifs sur le e-commerce ouest-africain, suivront également de près cette transition. Leur modèle économique repose sur des partenariats bancaires qui devront eux-mêmes se conformer au nouveau cadre. À court terme, les commerçants en ligne de la zone devraient bénéficier d’une amélioration des taux d’acceptation et d’une réduction des frictions de paiement transfrontalier au sein de l’Union.
Pour le GIM-UEMOA, la réussite de ces premiers tests constitue une démonstration politique autant que technique : l’Union dispose désormais des moyens internes de traiter ses propres flux numériques. Selon Financial Afrik, l’opérateur monétique régional considère ces résultats comme la confirmation de la faisabilité du dispositif prévu par la Décision n°31.
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