Israël conditionne la paix au Liban au désarmement du Hezbollah

Aerial view of Beirut's cityscape featuring historic architecture and urban skyline.Photo : Jo Kassis / Pexels

Le dossier libano-israélien entre dans une phase charnière. Israël a fait parvenir à Beyrouth, à l’issue de discussions tenues les 14 et 15 mai, une déclaration d’intention qui subordonne toute normalisation politique au désarmement du Hezbollah. Le document a été remis au parti chiite samedi par Nabih Berry, président du Parlement et figure historique de la communauté chiite libanaise, dont le rôle de médiateur s’impose une nouvelle fois dans les rapports entre l’État et la formation pro-iranienne.

Une déclaration d’intention en deux volets

Le texte transmis à Beyrouth s’articule autour de deux dimensions complémentaires. Le premier volet, militaire, fixe les paramètres opérationnels d’une désescalade durable le long de la Ligne bleue et reconduit pour 45 jours la trêve en vigueur depuis la fin des hostilités. Le second volet, politique, esquisse les conditions d’un règlement plus large, dont la pierre angulaire demeure le désarmement de l’aile militaire du Hezbollah, exigence constante de l’État hébreu depuis la résolution 1701 de 2006.

Pour Israël, la séquence diplomatique en cours ne saurait déboucher sur une paix consolidée tant que le mouvement chiite conserve son arsenal. Les autorités israéliennes lient ainsi la levée progressive de leur dispositif militaire dans le sud du Liban à des engagements vérifiables de Beyrouth sur le monopole étatique de la force armée. Cette ligne, déjà au cœur de l’accord de cessation des combats conclu fin 2024, se trouve réaffirmée avec davantage de fermeté.

Nabih Berry, pivot d’une médiation à haut risque

Le choix de Nabih Berry comme courroie de transmission n’est pas anodin. Allié de longue date du Hezbollah, dirigeant du mouvement Amal et négociateur expérimenté des dossiers les plus sensibles, le président du Parlement constitue l’un des rares interlocuteurs susceptibles de faire passer un message aussi délicat sans rupture immédiate. Sa position lui confère une double légitimité : représentant institutionnel de l’État libanais et garant des équilibres confessionnels qui structurent la vie politique du pays depuis l’accord de Taëf.

Le Hezbollah, principal destinataire politique du texte, n’avait pas réagi publiquement au moment de la transmission. Le parti dirigé par Naïm Qassem se trouve placé devant un dilemme stratégique : accepter d’engager une discussion sur son arsenal reviendrait à acter un affaiblissement déjà consommé sur le terrain, tandis qu’un rejet frontal exposerait le Liban à une reprise des hostilités, dans un contexte économique et institutionnel exsangue.

Une équation régionale recomposée

La séquence intervient alors que les rapports de force régionaux ont profondément évolué depuis 2023. L’affaiblissement de l’axe pro-iranien, conjugué à la chute du régime syrien de Bachar el-Assad et à la reconfiguration des routes logistiques entre Téhéran et Beyrouth, prive le Hezbollah d’une partie de sa profondeur stratégique. Les pertes subies par sa chaîne de commandement et la destruction d’une part significative de ses capacités de tir lourd ont modifié l’équation militaire, rendant la pression israélienne plus difficile à absorber.

À Beyrouth, le président Joseph Aoun et le Premier ministre Nawaf Salam s’efforcent de reprendre la main sur un dossier qui conditionne la reconstruction du Sud et le retour des bailleurs internationaux. La Banque mondiale et les pays du Golfe ont conditionné leurs engagements financiers à des avancées tangibles sur la souveraineté étatique et la maîtrise du port de Beyrouth, dossiers étroitement corrélés à la question des armes du Hezbollah.

Reste que la fenêtre de 45 jours ouverte par la trêve renouvelée laisse peu de temps pour bâtir un compromis politique d’une telle ampleur. Les diplomates français et américains, qui ont accompagné les précédentes étapes du processus, devraient être à nouveau sollicités pour garantir la mise en œuvre des engagements et désamorcer les points de friction le long de la frontière. La prochaine séquence dira si Beyrouth peut transformer cette pression diplomatique en levier de souveraineté, ou si le statu quo armé continuera de prévaloir.

Selon RFI Moyen-Orient.

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Ibrahim El Hadj
Correspondant Moyen-Orient, Ibrahim El Hadj suit les dossiers géopolitiques et économiques de la région, avec un intérêt particulier pour les investissements du Golfe en Afrique, les routes commerciales de la mer Rouge et la diplomatie énergétique. Arabophone et francophone, il travaille sur les sources libanaises, algériennes et émiraties.

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