Liban : Aoun élabore sa propre feuille de route sur les armes du Hezbollah

Aerial view of Beirut's cityscape featuring historic architecture and urban skyline.Photo : Jo Kassis / Pexels

Le dossier du monopole des armes au Liban entre dans une nouvelle phase. Selon des informations relayées à Beyrouth, le président de la République Joseph Aoun s’attelle à la rédaction d’une approche libanaise autonome, destinée à encadrer la question de l’arsenal du Hezbollah sans s’aligner mécaniquement sur les conditions posées par Washington. L’initiative intervient alors que des indices laissent entrevoir un possible assouplissement du plafond fixé jusqu’ici par l’administration américaine, sous l’effet conjugué des dynamiques régionales et des résistances internes libanaises.

Une initiative présidentielle pour reprendre l’initiative

L’enjeu, pour la présidence libanaise, est de reconquérir un espace politique grignoté par l’intensité des tractations menées par les émissaires américains depuis plusieurs mois. En cherchant à formaliser une position nationale construite à Baabda plutôt qu’imposée de l’extérieur, Joseph Aoun entend rééquilibrer le rapport de force diplomatique. La démarche s’inscrit dans la continuité du discours d’investiture, qui plaçait la souveraineté de l’État sur les armes au cœur du projet présidentiel, tout en affirmant la nécessité d’un dialogue interne préservant la cohésion civile.

Concrètement, la feuille de route en préparation viserait à articuler un calendrier crédible de transfert des moyens militaires non étatiques vers les institutions régaliennes, en ménageant des étapes négociées avec les acteurs concernés. Cette méthode tranche avec les ultimatums véhiculés par les canaux occidentaux, qui exigeaient un désarmement rapide et vérifiable du Hezbollah à la suite du cessez-le-feu conclu avec Israël fin novembre 2024.

Washington face aux limites de son ultimatum

Les signaux relevés ces dernières semaines suggèrent que l’administration américaine pourrait revoir à la baisse ses exigences initiales. Plusieurs facteurs concourent à cet ajustement. D’abord, la persistance des frappes israéliennes dans le sud du pays et la Bekaa, qui fragilisent la légitimité d’un désarmement perçu comme unilatéral. Ensuite, la crainte d’une déstabilisation institutionnelle si la pression devient insoutenable pour les équilibres confessionnels. Enfin, les arbitrages régionaux liés aux discussions sur l’Iran, qui réinjectent de la complexité dans toute approche purement coercitive.

Les émissaires américains, dont les visites se sont multipliées à Beyrouth depuis le début de l’année, avaient érigé un plafond d’exigences considéré par les responsables libanais comme intenable dans les délais évoqués. La perspective d’un abaissement de ce plafond, si elle se confirme, ouvrirait un espace de négociation que la présidence souhaite occuper avant que d’autres acteurs ne s’en emparent.

Un équilibre interne sous tension

Sur le plan domestique, l’exercice est délicat. Le Hezbollah, affaibli militairement par la guerre de l’automne 2024 mais toujours structurant dans le paysage chiite, conditionne tout compromis à des garanties de retrait israélien complet et à la reconstruction des zones sinistrées. Les forces politiques opposées au mouvement, soutenues par une partie de la communauté internationale, plaident à l’inverse pour une accélération du processus.

La proposition que prépare le chef de l’État chercherait à concilier ces logiques contradictoires en inscrivant la question des armes dans un cadre stratégique plus large : renforcement de l’armée libanaise, application intégrale de la résolution 1701 du Conseil de sécurité des Nations unies, et redéfinition des règles d’engagement à la frontière sud. L’objectif affiché est de désamorcer la confrontation directe entre Beyrouth et Washington tout en évitant une fracture intérieure dont les conséquences seraient durables.

Reste à savoir si la fenêtre diplomatique entrevue se traduira par des concessions tangibles ou si elle ne constitue qu’un répit avant une nouvelle séquence de pressions. Les prochaines semaines, marquées par des consultations attendues avec les capitales arabes du Golfe et avec Paris, fourniront des indications déterminantes sur la solidité de l’approche présidentielle. Selon Al Akhbar.

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Ibrahim El Hadj
Correspondant Moyen-Orient, Ibrahim El Hadj suit les dossiers géopolitiques et économiques de la région, avec un intérêt particulier pour les investissements du Golfe en Afrique, les routes commerciales de la mer Rouge et la diplomatie énergétique. Arabophone et francophone, il travaille sur les sources libanaises, algériennes et émiraties.

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