La trajectoire de Joseph Kabila, président de la République démocratique du Congo (RDC) de 2001 à 2019, paraît aujourd’hui suspendue à un faisceau de pressions convergentes. Washington vient d’inscrire l’ancien chef de l’État sur sa liste de sanctions, l’accusant de contribuer à la déstabilisation de l’Est congolais via un appui au Mouvement du 23 mars (M23), groupe armé soutenu par Kigali. Dans le même temps, la justice de Kinshasa a prononcé une condamnation à mort à son encontre, tandis que les figures de son entourage politique sont, l’une après l’autre, écartées du jeu institutionnel.
Une offensive judiciaire et diplomatique coordonnée contre Joseph Kabila
La décision américaine marque un tournant. En ciblant nommément l’ancien président congolais, l’administration Trump rompt avec la prudence affichée par les chancelleries occidentales à l’égard d’un homme longtemps considéré comme un acteur incontournable de la stabilité régionale. Le département du Trésor évoque un rôle actif dans l’entretien du conflit qui ravage le Nord-Kivu et le Sud-Kivu, où le M23 a pris le contrôle de Goma et Bukavu au début de l’année 2025.
À Kinshasa, la machine judiciaire a pris le relais. La Haute Cour militaire a retenu contre Joseph Kabila des chefs aussi lourds que la trahison, le crime de guerre et le crime contre l’humanité, débouchant sur une peine capitale prononcée par contumace. Le successeur et désormais adversaire politique de l’ancien chef de l’État, Félix Tshisekedi, a fait de la rupture avec son prédécesseur un marqueur de son second mandat. La levée de l’immunité sénatoriale dont bénéficiait Kabila comme ancien président a ouvert la voie à cette procédure, jusque-là juridiquement impensable.
Un Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie en lambeaux
Le démantèlement du Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD), formation historique du clan Kabila, constitue le second front. La suspension de la formation par les autorités congolaises, prononcée en 2025, a privé l’ancien président de son principal véhicule politique. Plusieurs cadres du parti ont été arrêtés, d’autres ont fait défection, certains ont choisi l’exil. L’écosystème d’influence patiemment construit pendant dix-huit ans de pouvoir s’effrite à grande vitesse.
Le retour public de Joseph Kabila à Goma, en mai 2025, dans une ville sous contrôle du M23, a sans doute scellé la rupture avec une partie de l’opinion. L’image de l’ancien président foulant le sol d’une cité conquise par une rébellion accusée de massacres a nourri le récit officiel d’une connivence avec les ennemis de la nation. Les autorités congolaises y ont vu la confirmation d’une stratégie d’alliance avec Kigali, accusation que l’intéressé rejette en bloc.
Quelle marge de manœuvre pour l’ancien président congolais ?
Reste que les ressources de Joseph Kabila ne sont pas épuisées. L’homme conserve un patrimoine considérable, des relais d’affaires dans plusieurs capitales africaines et une connaissance fine des arcanes sécuritaires congolais. Son silence prolongé, ponctué de rares prises de parole, traduit moins une résignation qu’un calcul d’attente. La situation militaire dans l’Est, toujours volatile malgré les médiations qatarie et angolaise, peut redistribuer les cartes en quelques semaines.
La question de l’exil se pose désormais avec acuité. Plusieurs sources évoquent un séjour prolongé en Afrique du Sud, voire au Zimbabwe, pays avec lesquels l’ancien président entretient des liens anciens. Une remise aux autorités congolaises paraît hautement improbable, aucun de ces États n’ayant manifesté la volonté de l’extrader. La sanction américaine, en revanche, pèsera durablement sur ses capacités de mouvement financier et sur la disposition de ses partenaires internationaux à poursuivre des affaires en son nom.
L’affaiblissement de Joseph Kabila redessine le rapport de forces interne en RDC, mais il n’élimine pas, à lui seul, les ressorts du conflit oriental. La crise du M23 mêle dimensions ethniques, ressources minières et rivalités régionales que l’éviction d’un seul acteur ne suffira pas à dénouer. Pour Félix Tshisekedi, neutraliser symboliquement son prédécesseur est un acquis politique ; transformer cet acquis en stabilisation durable du Kivu reste un tout autre chantier. Selon RFI Afrique.
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