Mali : le ministre de la Défense tué dans une offensive jihadiste

Soldier in Colombian military uniform holding a rifle, outdoors in Bojayá, Chocó, Colombia.Photo : Franklin Peña Gutierrez / Pexels

Le Mali est confronté à un nouveau choc politique et militaire. Le ministre malien de la Défense aurait perdu la vie lors d’une attaque coordonnée attribuée à une coalition de groupes jihadistes et de mouvements rebelles. L’opération, qualifiée d’offensive d’envergure, marque une escalation inédite contre les institutions de la transition dirigée par le colonel Assimi Goïta. La disparition d’une figure aussi centrale du dispositif sécuritaire malien interroge la capacité de Bamako à reprendre l’initiative sur le terrain.

Une attaque qui frappe au cœur de l’appareil de défense

L’élimination d’un ministre de la Défense en exercice constitue un événement rarissime dans l’histoire récente du Sahel. Au-delà du symbole, l’opération révèle la profondeur de l’infiltration des groupes armés dans des zones réputées sous contrôle des Forces armées maliennes (FAMa). La coordination apparente entre formations jihadistes et factions rebelles ravive le spectre d’une jonction opérationnelle redoutée par les états-majors régionaux. Plusieurs analystes y voient le signe d’un basculement tactique, où les insurgés ne se contentent plus de harceler les positions périphériques mais visent la chaîne de commandement.

Sur le plan militaire, la perte d’un responsable politique de ce rang complique la conduite des opérations en cours. Le ministère de la Défense pilote l’ensemble du redéploiement engagé depuis le départ de la mission onusienne MINUSMA et le retrait progressif des forces françaises de l’opération Barkhane. Ce redéploiement s’appuie désormais largement sur la coopération avec les instructeurs et combattants russes du dispositif anciennement connu sous le nom de Wagner, devenu Africa Corps. La continuité de cette architecture, déjà fragilisée par le revers de Tinzaouatène à l’été 2024, est une nouvelle fois mise à l’épreuve.

La junte de Bamako sous pression politique

Pour le pouvoir militaire en place depuis le double coup d’État de 2020 et 2021, la séquence est doublement périlleuse. La transition, censée déboucher sur des élections sans cesse repoussées, avait bâti sa légitimité sur la promesse d’un retour à l’ordre sécuritaire. Or, la multiplication des attaques de grande ampleur, jusque dans la capitale lors de l’épisode de l’école de gendarmerie de Bamako en septembre 2024, érode ce récit. La mort d’un ministre de la Défense pourrait accélérer un remaniement et raviver les tensions internes au sein du Comité national pour le salut du peuple.

Sur le plan diplomatique, l’événement intervient alors que le Mali consolide son alignement avec le Burkina Faso et le Niger au sein de la Confédération des États du Sahel (AES), formalisée en juillet 2024. Les trois capitales ont rompu avec la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et misent sur la mutualisation de leurs forces pour contenir la pression jihadiste. Une attaque visant directement un ministre malien constitue, par ricochet, un défi pour l’ensemble de la confédération sahélienne et pour la crédibilité de sa force conjointe annoncée.

Un Sahel central toujours plus instable

Le contexte plus large reste celui d’une insécurité endémique. Le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), affilié à Al-Qaïda, et l’État islamique au Sahel se livrent une concurrence sanglante tout en multipliant les attaques contre les forces régulières. Parallèlement, le Cadre stratégique permanent (CSP), qui rassemble des mouvements à dominante touareg du nord, a repris les armes contre Bamako depuis 2023. La conjonction de ces foyers crée un environnement opérationnel d’une complexité inédite, où les axes routiers vitaux comme la RN20 entre Gao et Kidal restent disputés.

Pour les partenaires économiques du Mali, à commencer par les opérateurs miniers actifs dans l’or, deuxième source de devises du pays, l’instabilité politico-militaire pèse sur les arbitrages d’investissement. Le risque d’une contagion régionale, du delta intérieur du Niger jusqu’aux frontières mauritanienne et sénégalaise, est désormais pris au sérieux par les chancelleries. Reste à savoir si Bamako parviendra à répliquer rapidement pour réaffirmer l’autorité de l’État, ou si la mort d’un ministre de la Défense marquera le début d’une nouvelle phase d’érosion. Selon Info241, l’offensive ayant coûté la vie au ministre malien de la Défense est qualifiée de jihadiste et rebelle d’envergure.

Pour aller plus loin

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Fatoumata Sow
Analyste géopolitique, Fatoumata Sow est experte des dynamiques sécuritaires au Sahel et dans la Corne de l'Afrique. Elle a travaillé plusieurs années comme chercheuse dans des think tanks panafricains avant de rejoindre la presse. Ses analyses croisent les dimensions militaire, humanitaire et diplomatique des conflits régionaux.

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