La BAD exclut une entreprise kényane et deux Chinois pour fraude

Utility workers in protective gear servicing power lines with a truck crane on a rural road.Photo : Denis Ngai / Pexels

La Banque africaine de développement (BAD) a annoncé l’exclusion temporaire de la société Esiko Kenya Enterprises Limited et de deux ressortissants chinois, Chen Chao et Huang You, pour des pratiques frauduleuses constatées dans le cadre d’un projet d’électrification mené en République du Kenya. La mesure, rendue publique le mardi 19 mai, traduit la fermeté de l’institution panafricaine face aux manquements à l’éthique dans l’exécution des marchés qu’elle finance. L’entreprise kényane de génie civil et électrique écope de neuf mois de suspension, tandis que les deux individus se voient écartés pour une durée de douze mois.

Une sanction issue du Bureau de l’intégrité de la BAD

La décision résulte d’une investigation conduite par le Bureau de l’intégrité et de la lutte contre la corruption de la BAD, organe interne chargé d’examiner les allégations de fraude, de corruption, de collusion ou d’obstruction dans les opérations financées par le groupe. Son rôle s’est progressivement renforcé au fil des années, à mesure que la banque a élargi son portefeuille d’infrastructures sur le continent. L’enquête a permis d’établir l’existence de pratiques frauduleuses imputables à la société kényane et aux deux ressortissants chinois, sans que le détail des faits incriminés n’ait été rendu public à ce stade.

Pendant la durée de leur exclusion, les entités sanctionnées ne peuvent prétendre à aucun contrat financé par la BAD, ni participer à des opérations soutenues par l’institution. Cette mise à l’écart, bien que temporaire, comporte un coût réputationnel significatif sur un marché africain des infrastructures où l’accès aux bailleurs multilatéraux conditionne la crédibilité commerciale. Pour les entreprises de génie civil et électrique opérant au Kenya, perdre l’éligibilité aux projets financés par la banque revient à se priver d’un canal majeur d’activité.

Le secteur de l’électrification sous surveillance renforcée

Le projet visé porte sur l’électrification, un domaine stratégique pour la BAD qui en a fait l’un de ses cinq grands chantiers prioritaires, regroupés sous l’initiative High 5. L’extension du réseau électrique kényan, soutenue par plusieurs partenaires internationaux, mobilise des marchés substantiels et attire un grand nombre d’entreprises locales et étrangères, notamment chinoises. La présence accrue d’opérateurs venus d’Asie sur les chantiers africains s’est accompagnée, ces dernières années, d’une vigilance renforcée des bailleurs sur la qualité des procédures de passation et l’intégrité des sous-traitants.

Le Kenya, qui figure parmi les premiers bénéficiaires des financements de la BAD en Afrique de l’Est, a engagé depuis plus d’une décennie un effort soutenu d’extension de l’accès à l’électricité, en particulier en zones rurales. Les contrats associés à ces programmes attirent une concurrence vive et exposent les acheteurs publics à des risques élevés de fraude, qu’il s’agisse de surfacturation, de fausses déclarations dans les appels d’offres ou de collusion entre soumissionnaires. La sanction prononcée le 19 mai illustre ce risque récurrent.

Une logique de dissuasion alignée sur les standards internationaux

La BAD applique un régime de sanctions inspiré des pratiques en vigueur au sein des principales institutions financières internationales, dont la Banque mondiale, et coopère avec ces dernières à travers des accords de reconnaissance mutuelle des exclusions. Concrètement, une entreprise écartée par la BAD peut, sous certaines conditions, se voir également bannie des appels d’offres financés par la Banque mondiale, la Banque asiatique de développement ou la Banque européenne pour la reconstruction et le développement. Ce dispositif d’exclusion croisée vise à renforcer l’effet dissuasif des décisions individuelles.

La durée des sanctions, de neuf à douze mois dans le cas présent, demeure modérée au regard d’autres affaires plus lourdes traitées ces dernières années par la banque. Elle traduit néanmoins un signal politique à destination des opérateurs présents sur les chantiers africains, où la pression concurrentielle se conjugue à des exigences croissantes en matière de conformité. Pour la BAD, dont l’enveloppe annuelle d’engagements dépasse les dix milliards de dollars, la crédibilité des contrôles internes constitue un actif stratégique aux yeux de ses actionnaires et des marchés financiers qui souscrivent à ses émissions obligataires.

Reste que la transparence sur les sanctions reste partielle. Les noms des sociétés et personnes exclues sont publiés, mais le détail des manquements demeure souvent confidentiel, ce qui limite la capacité des autres acheteurs publics du continent à tirer pleinement parti de ces décisions. Selon Financial Afrik, l’investigation conduite par le Bureau de l’intégrité de la BAD a néanmoins permis d’établir la matérialité des faits ayant conduit à l’éviction des trois acteurs concernés.

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Aïcha Diallo
Journaliste financière, Aïcha Diallo couvre les marchés de capitaux ouest-africains, le secteur bancaire et le paiement mobile. Diplômée en finance d'une grande école de commerce, elle a travaillé dans l'analyse économique avant de se consacrer au journalisme. Elle décrypte les stratégies des groupes bancaires panafricains et les décisions des régulateurs régionaux.

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