Paludisme : 92,4 % des districts sénégalais en pré-élimination

A serene moment of a baby sleeping peacefully under a dotted mosquito net in soft ambient light.Photo : Masum Saieed / Pexels

La lutte contre le paludisme au Sénégal entre dans une séquence inédite. Avec 92,4 % des districts sanitaires placés en phase de pré-élimination, le pays se positionne parmi les plus avancés du continent dans la réduction de la transmission du Plasmodium. Ce palier traduit l’effet cumulé de plus d’une décennie d’investissements dans la chimioprévention saisonnière, la distribution de moustiquaires imprégnées d’insecticide et le renforcement du diagnostic communautaire. Il ouvre aussi un chantier plus délicat : celui du dernier kilomètre épidémiologique, où chaque foyer résiduel exige une réponse ciblée et coûteuse.

Une cartographie sanitaire profondément remodelée

La phase dite de pré-élimination correspond à un seuil technique précis, défini par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) : moins de cinq cas confirmés pour mille habitants exposés. Le franchissement de ce cap par la quasi-totalité du territoire sénégalais reflète un basculement structurel. Les régions du nord et du centre, longtemps en avance grâce à des conditions écologiques moins favorables au vecteur anophèle, ont été rejointes par plusieurs zones du bassin arachidier et de la petite côte. Le Programme national de lutte contre le paludisme (PNLP) revendique cette progression comme la conséquence d’une politique de couverture universelle des interventions.

Reste un foyer concentré dans le sud-est, notamment à Kédougou et Tambacounda, où la transmission demeure intense. Ces districts cumulent les obstacles : forte mobilité transfrontalière avec la Guinée et le Mali, présence de l’orpaillage informel, accès limité aux structures de santé. La géographie du paludisme sénégalais s’est ainsi resserrée autour d’un nombre restreint de zones, qui mobilisent désormais l’essentiel des moyens curatifs et préventifs.

Un modèle financé sur fonds extérieurs et exposé

Cette dynamique s’appuie largement sur le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, ainsi que sur l’initiative américaine President’s Malaria Initiative (PMI). La part des financements extérieurs dans le budget du PNLP dépasse traditionnellement les deux tiers, ce qui constitue un point de vulnérabilité reconnu par les autorités. La récente reconfiguration de l’aide américaine et les arbitrages budgétaires européens font peser une incertitude sur la continuité des approvisionnements en intrants : tests de diagnostic rapide, combinaisons thérapeutiques à base d’artémisinine, moustiquaires de nouvelle génération.

Le ministère de la Santé et de l’Action sociale travaille à une trajectoire de souveraineté sanitaire, qui passe par une augmentation progressive de la part nationale dans le financement de la lutte. Plusieurs initiatives industrielles, dont des projets d’assemblage local de moustiquaires et de production de génériques antipaludiques, sont à l’étude. Concrètement, le coût marginal de l’élimination s’élève à mesure que la prévalence baisse, ce qui inverse la logique économique de la phase de contrôle.

L’élimination, un horizon politique autant que sanitaire

Dakar a inscrit l’élimination du paludisme dans ses engagements régionaux, notamment au sein de l’initiative Sahel Malaria Elimination, qui regroupe huit pays autour de protocoles harmonisés. Le calendrier officiel vise une interruption de la transmission locale à l’horizon 2030. Pour y parvenir, le PNLP mise sur la surveillance de cas individualisée, l’investigation systématique des foyers et le recours élargi à la chimioprévention chez l’enfant. Le déploiement progressif du vaccin RTS,S et de son successeur R21, déjà introduits dans plusieurs pays africains, fait également partie des options examinées.

Les retombées attendues dépassent le seul champ de la santé publique. Une réduction durable de la morbidité palustre allégerait la pression sur les structures hospitalières, libérerait du temps de travail dans les zones rurales et soutiendrait la productivité agricole pendant l’hivernage, période historique de pic épidémique. À l’inverse, un relâchement de la vigilance ou une rupture d’approvisionnement pourrait provoquer une résurgence rapide, comme l’ont expérimenté plusieurs pays d’Afrique australe au cours des dernières années.

La performance affichée par le Sénégal s’inscrit dans une tendance ouest-africaine plus large, mais elle se distingue par la rapidité du basculement géographique. Les prochains mois seront décisifs pour consolider les acquis dans les districts encore exposés et bâtir un cadre de financement pérenne. Selon Seneweb, le pays confirme ainsi sa place dans le peloton de tête africain de la lutte antipaludique.

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Léa Mbongo
Reporter société, Léa Mbongo s'intéresse aux enjeux agricoles, environnementaux et de santé publique en Afrique francophone. Elle a couvert les crises climatiques du Sahel, les politiques de sécurité alimentaire et l'émergence des filières agroalimentaires locales. Ses reportages donnent la parole aux acteurs de terrain.

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