Le paludisme reste l’un des principaux fardeaux sanitaires au Gabon, et les autorités entendent durcir leur réponse. À l’occasion de la Journée mondiale dédiée à la maladie, célébrée le 25 avril 2026, la ministre de la Santé, le professeur Elsa Nkana Joséphine Ayo épouse Bivigou, a dressé un état des lieux jugé préoccupant. Si des progrès ont été enregistrés ces dernières années, la transmission persiste à des niveaux élevés sur l’ensemble du territoire, en particulier chez les enfants de moins de cinq ans et les femmes enceintes, populations cibles habituelles des programmes de lutte.
Une campagne nationale de distribution de moustiquaires imprégnées
La principale annonce porte sur le lancement d’une campagne nationale de distribution de moustiquaires imprégnées d’insecticide à longue durée d’action. Ces dispositifs, considérés par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) comme la mesure préventive la plus efficace en zone d’endémie, doivent être déployés à grande échelle dans les neuf provinces du pays. L’objectif affiché est d’élargir la couverture des ménages, en particulier dans les zones rurales et les quartiers périurbains où la densité vectorielle reste forte.
Au-delà de la distribution, la stratégie gabonaise comprend un volet de sensibilisation communautaire. Les autorités sanitaires entendent renforcer l’information sur l’utilisation correcte des moustiquaires, la reconnaissance des symptômes et le recours précoce aux structures de soins. Le diagnostic rapide et la prise en charge gratuite des cas simples chez les populations vulnérables figurent parmi les leviers réaffirmés par le ministère.
Un fardeau persistant malgré les avancées
Le paludisme demeure la première cause de consultation et d’hospitalisation au Gabon, selon les données régulièrement communiquées par le ministère de la Santé. La maladie pèse lourdement sur le système hospitalier et sur l’économie des ménages, qui consacrent une part significative de leurs dépenses de santé à son traitement. Les autorités soulignent que les progrès réalisés depuis une décennie, notamment grâce aux financements internationaux, restent fragiles.
La résistance croissante des moustiques aux insecticides et celle du parasite à certains antipaludiques constituent des préoccupations majeures partagées avec l’ensemble des pays d’Afrique centrale. Dans cette sous-région, où la transmission est intense toute l’année, les outils classiques de prévention montrent leurs limites. Les épidémiologistes plaident pour une combinaison d’approches associant moustiquaires, pulvérisations intradomiciliaires, chimioprévention saisonnière et, à terme, vaccination.
Un enjeu de souveraineté sanitaire pour Libreville
La nouvelle campagne s’inscrit dans une trajectoire plus large de renforcement du système sanitaire gabonais, engagée par les autorités de la transition. Le pays, fortement dépendant des partenariats avec le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, ainsi qu’avec l’Alliance Gavi, cherche à consolider ses capacités nationales d’achat, de stockage et de distribution. La logistique du dernier kilomètre reste un défi récurrent, notamment dans les provinces enclavées de l’Ogooué-Ivindo et de l’Ogooué-Lolo.
Les enjeux financiers sont substantiels. Le coût d’une campagne nationale de moustiquaires se chiffre habituellement en milliards de francs CFA, sans compter les opérations de communication et de suivi. Le ministère n’a pas, à ce stade, communiqué le budget précis ni le calendrier détaillé du déploiement. La question de la pérennité du financement, dans un contexte de tension sur les ressources publiques, sera centrale pour les bailleurs comme pour les opérateurs de terrain.
Pour la ministre de la Santé, la mobilisation doit dépasser le seul cadre médical et impliquer les collectivités, les ONG et le secteur privé. La lutte contre le paludisme est présentée comme un marqueur de la capacité de l’État à protéger ses populations les plus vulnérables. Les prochains mois permettront de mesurer la traduction opérationnelle de ces annonces sur le terrain. Selon Gabon Review.
Pour aller plus loin
L’OMS valide un traitement antipaludique destiné aux nourrissons · Paludisme : 92,4 % des districts sénégalais en pré-élimination · Sécheresse en Somalie : l’OIM recense plus de 60 000 déplacés

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