L’OMS valide un traitement antipaludique destiné aux nourrissons

A compassionate nurse tends to a newborn in a hospital nursery, symbolizing care and dedication.Photo : Speak Media Uganda / Pexels

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a accordé son feu vert à un nouveau traitement contre le paludisme destiné aux nourrissons, une avancée présentée comme majeure pour les systèmes de santé africains. Jusqu’ici, aucune molécule antipaludique n’était formellement adaptée aux bébés de moins de 4,5 kilos, un angle mort thérapeutique qui contraignait les soignants à des prescriptions hors indication, avec les risques de surdosage que cela suppose. L’annonce intervient alors que la Journée internationale de lutte contre le paludisme se tient le 25 avril, moment symbolique pour mesurer l’ampleur d’un fléau qui demeure l’une des premières causes de mortalité infantile sur le continent.

Un vide thérapeutique enfin comblé pour les plus jeunes

Le nouveau traitement, développé pour répondre à la physiologie particulière des très jeunes enfants, prend en compte le métabolisme immature du foie chez les nourrissons. Cette spécificité pharmacologique est déterminante : les molécules antipaludiques classiques, calibrées pour des organismes plus matures, exposaient les plus petits patients à des concentrations sanguines difficiles à maîtriser. En homologuant une formulation pédiatrique adaptée aux bébés pesant moins de 4,5 kilogrammes, l’agence onusienne valide une réponse pharmaceutique attendue de longue date par les pédiatres et les programmes nationaux de lutte contre le paludisme.

Le défi sanitaire est colossal. Selon les données de référence de l’OMS, le paludisme a provoqué environ 597 000 décès dans le monde en 2023, dont près de 95 % sur le continent africain. Les enfants de moins de cinq ans concentrent à eux seuls plus des trois quarts de cette mortalité. Dans cette tranche d’âge, les nourrissons constituent un sous-groupe particulièrement vulnérable, dont la prise en charge restait jusqu’à présent largement empirique faute d’un produit dédié.

Un déploiement attendu prioritairement en Afrique subsaharienne

Les pays les plus exposés se trouvent dans la ceinture intertropicale, du Sahel au golfe de Guinée, en passant par l’Afrique de l’Est et centrale. Le Nigeria, la République démocratique du Congo, le Niger, la Tanzanie ou encore le Burkina Faso figurent parmi les États qui supportent la charge épidémiologique la plus lourde. Pour ces administrations sanitaires, la disponibilité d’une formulation pédiatrique homologuée par l’OMS facilitera l’inscription du traitement sur les listes nationales de médicaments essentiels et accélérera son intégration dans les protocoles de prise en charge.

Concrètement, le feu vert de l’organisation conditionne aussi l’accès aux financements multilatéraux. Le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, principal bailleur du secteur, ainsi que Gavi, l’Alliance du vaccin, indexent leurs achats sur les recommandations de l’OMS. Une homologation ouvre donc mécaniquement la voie à des commandes groupées, à des prix négociés et à une distribution coordonnée vers les centres de santé périphériques.

Une étape qui complète l’arsenal vaccinal

Cette validation s’ajoute au déploiement progressif des deux vaccins antipaludiques recommandés par l’OMS, le RTS,S et le R21/Matrix-M, dont l’introduction a débuté dans plusieurs pays africains depuis 2024. Les deux approches sont complémentaires : la vaccination réduit l’incidence des accès palustres, tandis que les antipaludiques restent indispensables pour traiter les infections déclarées. Pour les nourrissons, qui ne sont pas tous éligibles aux schémas vaccinaux dès la naissance, l’existence d’un traitement curatif adapté constitue un filet de sécurité essentiel.

Reste la question de la résistance aux antipaludiques, signalée depuis plusieurs années dans certains foyers d’Afrique de l’Est, notamment en Ouganda, au Rwanda et en Érythrée. Les autorités sanitaires devront veiller à un usage rigoureux de la nouvelle formulation pour préserver son efficacité dans la durée. La surveillance épidémiologique, le suivi pharmacologique et la formation des agents de santé communautaires apparaissent comme les piliers d’un déploiement maîtrisé.

Pour les ministères de la Santé concernés, l’enjeu sera désormais logistique et budgétaire : sécuriser les approvisionnements, former les prescripteurs et garantir la traçabilité des lots jusqu’aux dispensaires les plus reculés. Selon PressAfrik, l’annonce coïncide avec la mobilisation internationale autour de la Journée du 25 avril.

Pour aller plus loin

Paludisme : 92,4 % des districts sénégalais en pré-élimination · Sécheresse en Somalie : l’OIM recense plus de 60 000 déplacés · Gabon : plus de cent corps non réclamés à la morgue de Casep-Ga

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Léa Mbongo
Reporter société, Léa Mbongo s'intéresse aux enjeux agricoles, environnementaux et de santé publique en Afrique francophone. Elle a couvert les crises climatiques du Sahel, les politiques de sécurité alimentaire et l'émergence des filières agroalimentaires locales. Ses reportages donnent la parole aux acteurs de terrain.

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