La présidence algérienne engage une refonte de l’audiovisuel, à travers une série de concertations pilotées depuis Alger. La démarche, présentée comme structurante pour le paysage médiatique national, vise à redéfinir les équilibres entre secteur public, chaînes privées et régulateur, dans un environnement marqué par la montée en puissance des plateformes numériques et des chaînes satellitaires étrangères. Le chantier s’ouvre alors que les autorités algériennes cherchent à consolider un cadre normatif souvent jugé fragmenté par les professionnels du secteur.
Une consultation élargie aux acteurs du secteur
Les rencontres réunissent responsables de médias publics, éditeurs privés, journalistes, universitaires et représentants d’instances de régulation. L’ambition affichée par la présidence est d’associer l’ensemble des parties prenantes à l’élaboration d’un nouveau cadre pour l’audiovisuel, afin d’éviter une réforme descendante et purement administrative. Cette méthode consultative constitue une inflexion par rapport aux réformes précédentes, souvent conduites par voie réglementaire sans large débat professionnel.
Les participants sont invités à formuler des propositions sur l’organisation du secteur, le régime d’autorisation des chaînes, les obligations éditoriales et le financement de la production audiovisuelle nationale. La question du statut des chaînes privées algériennes émettant depuis l’étranger, longtemps zone grise de la régulation, figure parmi les dossiers sensibles. Plusieurs de ces télévisions opèrent sous droit étranger tout en s’adressant au public national, ce qui pose des difficultés récurrentes de contrôle et d’application des règles déontologiques.
Souveraineté informationnelle et enjeux économiques
La refonte annoncée s’inscrit dans une logique plus large de souveraineté médiatique. Alger entend renforcer la capacité des acteurs nationaux à produire des contenus concurrentiels face aux chaînes panarabes et aux plateformes internationales de vidéo à la demande. La bataille se joue autant sur l’information que sur le divertissement, secteur où les productions turques, égyptiennes ou du Golfe dominent largement les grilles.
Le volet économique n’est pas secondaire. Le marché publicitaire algérien, structurellement contraint, peine à financer une industrie audiovisuelle robuste. Les professionnels réclament depuis plusieurs années une réforme des mécanismes d’allocation de la publicité publique, longtemps centralisée par l’Agence nationale d’édition et de publicité (ANEP), et une clarification des règles d’accès au marché pour les annonceurs privés. La concertation présidentielle pourrait ouvrir la voie à un rééquilibrage, à condition que les arbitrages tranchent des sujets restés jusque-là en suspens.
Régulation et cadre juridique en question
Le rôle de l’Autorité de régulation de l’audiovisuel (ARAV) constitue l’un des points centraux du débat. Créée par la loi de 2014, l’instance a longtemps fonctionné de manière intermittente, avec des périodes de vacance de sa présidence. Les professionnels attendent une clarification de ses prérogatives, de son mode de désignation et de ses moyens d’action, notamment vis-à-vis des diffuseurs qui contournent le cadre national.
Le corpus juridique lui-même appelle une actualisation. La loi organique sur l’information de 2023 et la loi sur l’audiovisuel adoptée la même année ont posé un socle, mais leur application concrète soulève des interrogations chez les éditeurs. Plusieurs textes d’application restent attendus, et la concertation en cours pourrait accélérer leur publication. Les acteurs du secteur espèrent également une simplification des procédures d’agrément, souvent citée comme un frein à l’émergence de nouveaux entrants.
Reste la question du calendrier. Aucune échéance précise n’a été communiquée pour la traduction législative ou réglementaire des conclusions attendues. La présidence privilégierait une approche par étapes, en commençant par un état des lieux partagé avant d’engager les modifications normatives. Pour les investisseurs et les groupes de médias, l’issue de cette concertation déterminera l’attractivité d’un marché audiovisuel algérien en quête de nouveaux équilibres. Selon El Watan, la démarche présidentielle se veut inclusive et vise explicitement une refondation du secteur.
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