La Zambie est entrée dans une séquence politique délicate. Le président Hakainde Hichilema a entériné la dissolution du Parlement le vendredi 15 mai, conformément aux dispositions constitutionnelles qui imposent la fin du mandat législatif à l’approche d’une présidentielle. Le scrutin est fixé au 13 août, soit un horizon de moins de quatre-vingt-dix jours pendant lesquels le pays fonctionnera sans Assemblée nationale en exercice. Plusieurs associations de défense des droits civiques estiment que cette transition expose les institutions à un déséquilibre des pouvoirs préjudiciable au climat préélectoral.
Une dissolution constitutionnelle qui interroge la société civile zambienne
Sur le papier, la procédure ne souffre d’aucune irrégularité. La Constitution révisée de 2016 prévoit explicitement que la législature prenne fin avant le déclenchement de la campagne, afin de placer députés sortants et nouveaux candidats sur un pied d’égalité. Reste que l’application stricte de cette règle laisse le pouvoir exécutif sans contre-pouvoir parlementaire pendant toute la période électorale. Des organisations citoyennes pointent un vide institutionnel susceptible d’altérer le contrôle démocratique, notamment sur les dépenses publiques engagées en pleine séquence de campagne.
Les inquiétudes formulées par les acteurs associatifs portent moins sur la légalité de la mesure que sur ses conséquences pratiques. Sans député en fonction, aucune commission parlementaire ne peut auditionner les ministres, examiner un budget rectificatif ou alerter sur d’éventuels abus. Cette latence institutionnelle, observée à chaque cycle électoral zambien, prend cette année une résonance particulière dans un contexte régional où plusieurs scrutins africains ont récemment été marqués par des contestations.
Hakainde Hichilema face à un scrutin présidentiel sous tension
Élu en août 2021 après une longue carrière d’opposant, Hakainde Hichilema brigue un second mandat dans un environnement économique convalescent. La Zambie, premier producteur de cuivre d’Afrique australe avec le voisin congolais, sort d’une restructuration de dette historique conclue avec ses créanciers bilatéraux dans le cadre du G20. Le chef de l’État a fait du redressement budgétaire et de la relance minière l’épine dorsale de son bilan. Mais l’inflation alimentaire et la sécheresse, qui a frappé durement la production agricole en 2024, ont entamé le capital politique du dirigeant.
L’opposition, encore éclatée entre plusieurs formations héritières du Front patriotique, observe cette séquence avec attention. Plusieurs candidats devraient officialiser leur candidature dans les prochaines semaines, à mesure que la Commission électorale de Zambie (ECZ) publie le calendrier des dépôts. La dissolution acte également la fin du mandat des 167 députés sortants, dont une part significative ne se représentera pas. Ce renouvellement annoncé du paysage législatif ajoute une couche d’incertitude à un scrutin déjà disputé.
Un précédent qui éclaire l’équilibre des pouvoirs en Afrique australe
Le cas zambien dépasse les frontières du pays. Plusieurs États d’Afrique australe et orientale ont engagé, ces dernières années, des réformes constitutionnelles visant à clarifier la séquence entre fin de législature et organisation des élections générales. Le modèle adopté par Lusaka, qui prévoit une dissolution automatique trois mois avant le scrutin, est régulièrement cité en exemple par les partisans de calendriers institutionnels prévisibles. Ses détracteurs estiment au contraire qu’il prive le pays d’un organe de contrôle au moment où celui-ci serait le plus utile.
Concrètement, la période qui s’ouvre verra le gouvernement gérer les affaires courantes sous le regard attentif des organisations non gouvernementales, des médias et des partenaires internationaux. La Communauté de développement d’Afrique australe (SADC) et l’Union africaine devraient déployer leurs missions d’observation dans les prochaines semaines. Pour les bailleurs, parmi lesquels le Fonds monétaire international qui suit de près l’application du programme conclu avec Lusaka, la qualité du processus électoral constitue un marqueur important de la trajectoire institutionnelle zambienne. Selon RFI Afrique, plusieurs associations locales appellent d’ores et déjà à un suivi renforcé de la période préélectorale.
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