Le retrait de l’AFC/M23 d’Uvira, annoncé mardi 12 mai, marque une inflexion notable dans la séquence militaire qui agite le Sud-Kivu depuis la fin 2025. Le groupe armé, qui avait pris brièvement le contrôle de cette ville stratégique située sur les rives du lac Tanganyika en décembre dernier, s’est replié sur Kamanyola, plus au nord, à une distance d’environ 70 kilomètres. Pour la première fois depuis l’offensive éclair de décembre, la ligne de front bouge dans l’est de la RDC. Et elle bouge à reculons pour la rébellion.
Uvira, verrou stratégique du Sud-Kivu
La prise d’Uvira par l’AFC/M23 avait constitué un choc régional. Adossée à la frontière burundaise et reliée par la route à Bujumbura, la ville commande l’accès au corridor lacustre qui irrigue l’arrière-pays du Sud-Kivu. Sa chute, fin 2025, avait été perçue comme une violation directe des engagements pris dans le cadre des pourparlers parrainés par les médiateurs régionaux, et notamment du processus de Washington qui tente, depuis plusieurs mois, de figer les positions militaires.
Le repli sur Kamanyola, localité elle-même chargée d’histoire militaire dans la région des Grands Lacs, ne signifie pas pour autant une démobilisation. Le mouvement reste solidement installé sur les hauts plateaux d’Uvira et conserve la maîtrise des principaux axes menant à Bukavu, capitale provinciale tombée plus tôt dans son escarcelle. Le geste relève donc davantage du recalibrage tactique que d’une concession stratégique de fond.
La pression américaine se fait sentir
Derrière ce recul se lit la main de Washington. L’administration américaine, qui pilote l’un des cadres de négociation entre Kinshasa et Kigali, avait peu goûté l’entrée de l’AFC/M23 dans Uvira, perçue comme un coup de force en plein effort diplomatique. Plusieurs sources concordantes évoquent depuis des semaines un agacement croissant de la Maison-Blanche envers le Rwanda, accusé de tirer les ficelles politiques et logistiques du mouvement rebelle.
La diplomatie américaine dispose de leviers concrets sur Kigali : aide bilatérale, partenariats sécuritaires, accès aux marchés des minerais critiques. Le ministère du Trésor a déjà sanctionné, par le passé, des officiers et entités jugés impliqués dans le soutien aux groupes armés opérant dans l’est congolais. Le repli sur Kamanyola apparaît, dans ce contexte, comme une réponse calibrée pour éviter une escalade des mesures coercitives, tout en préservant l’essentiel du dispositif militaire.
Un front gelé, des arrière-pensées intactes
Pour Kinshasa, ce mouvement est ambivalent. Les autorités congolaises peuvent y voir une victoire diplomatique, fruit d’un travail de lobbying intense mené à Washington, Bruxelles et auprès de partenaires africains. Reste que la rébellion conserve Goma et Bukavu, deux capitales provinciales aux dimensions économiques et symboliques majeures. Le retrait d’Uvira ne change pas la carte de fond ; il en ajuste seulement les marges.
Côté rwandais, le calcul paraît plus subtil. Kigali a tout intérêt à donner des gages tangibles à son interlocuteur américain sans renoncer aux acquis territoriaux qui structurent son influence dans la région. Le redéploiement à Kamanyola permet précisément cela : afficher une bonne volonté visible tout en maintenant la pression sur Kinshasa et en conservant les positions économiques dans les zones minières du Sud-Kivu.
Sur le terrain, les populations d’Uvira et de ses environs vivent ce retrait avec prudence. Les exactions documentées par les organisations humanitaires lors des semaines d’occupation ont laissé des traces, et le retour des forces loyalistes congolaises soulève autant d’espoirs que d’inquiétudes. La question du contrôle effectif des zones évacuées, des routes commerciales rouvertes et de la sécurité des civils déplacés se posera dans les prochains jours.
Le test véritable viendra des prochaines étapes du dialogue. Washington exige une désescalade vérifiable, des couloirs humanitaires et, à terme, un calendrier de retrait plus large. La rébellion et son parrain régional feront-ils ces concessions supplémentaires ? Le repli de Kamanyola n’est probablement qu’un acompte. Selon RFI Afrique.
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