Route Ebolowa-Kribi : le Cameroun attend la signature de Standard Chartered

Construction workers wearing safety gear at a busy roadwork site during the day.Photo : Yg pixel / Pexels

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La route Ebolowa-Kribi, longue de 179 kilomètres, demeure l’un des chantiers routiers les plus attendus du Cameroun. Portée par le ministère des Travaux publics (Mintp), cette liaison doit désenclaver le bassin agricole et forestier du Sud et fluidifier l’accès au complexe industrialo-portuaire de Kribi. Or, près de trois ans après les premières annonces de démarrage, le projet bute toujours sur la finalisation de son montage financier avec un consortium piloté par la banque britannique Standard Chartered.

Selon les responsables du Mintp, le lancement effectif du bitumage est désormais conditionné à la signature d’une seconde convention de financement entre l’État camerounais, Standard Chartered Bank et l’assureur-crédit britannique UK Export Finance (UKEF). Cette signature, dont l’annonce officielle reste attendue, pourrait intervenir le 15 mai 2026, sous la responsabilité du ministère de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire (Minepat), qui représente le gouvernement dans cette négociation.

Un financement britannique structurant pour le corridor sud

L’enveloppe en discussion s’élève à 137,8 milliards de FCFA. Sur ce montant, 130,4 milliards de FCFA sont destinés à l’exécution proprement dite des travaux, le solde de 7,3 milliards de FCFA devant couvrir la mission de contrôle technique. Ce paquet financier constitue le deuxième volet du tour de table, après une première convention déjà entrée en vigueur. Celle-ci avait permis de mobiliser 8,6 milliards de FCFA au titre de l’avance de démarrage, dont 6,5 milliards apportés par Standard Chartered et 1,6 milliard issu des fonds de contrepartie du Trésor camerounais.

L’architecture retenue illustre une tendance lourde du financement des infrastructures en zone CEMAC : l’adossement à des agences de crédit-export occidentales, ici UKEF, pour sécuriser les prêts commerciaux libellés en devises. Pour Londres, ce mécanisme permet de soutenir l’exportation de services d’ingénierie britannique tout en accompagnant les ambitions de connectivité du golfe de Guinée. Pour Yaoundé, il offre une alternative aux guichets multilatéraux traditionnels, dans un contexte budgétaire tendu et de désengagement relatif de certains bailleurs historiques.

Les conditions préalables levées, selon Yaoundé

Le ministère des Travaux publics affirme avoir purgé l’ensemble des réserves émises par les bailleurs. « À date, toutes les contraintes techniques, administratives et environnementales relevées par les bailleurs ont été levées. L’annonce de la date de signature reste attendue par le gouvernement », indique l’administration. Cette ligne traduit la pression exercée par les délais cumulés sur un dossier ouvert depuis plus d’une décennie. Le projet, initialement baptisé Ebolowa-Akom II-Kribi, traîne en effet depuis 2011 et a vu son budget revu à la hausse en 2023 pour intégrer des exigences environnementales renforcées.

Reste que le passage du paraphe au coup de pioche ne sera pas immédiat. Plusieurs étapes administratives et financières subsisteront après la signature. Le gouvernement devra notamment décaisser l’avance de démarrage au profit de l’entreprise titulaire du marché et de la mission de contrôle, finaliser le projet d’exécution afin de lever les conditions préalables au premier tirage bancaire, puis conclure un avenant. Une recherche de financement complémentaire est également annoncée, ce qui suggère que le bouclage à 137,8 milliards ne couvrira pas l’intégralité du coût final.

Des impayés qui pèsent sur la crédibilité du chantier

Le dossier traîne par ailleurs un passif financier. Le Mintp évalue à 1,2 milliard de FCFA les décomptes encore non réglés sur la phase préparatoire. Sur ce montant, 679 millions de FCFA n’ont pu être honorés faute de couverture budgétaire suffisante. Cette ardoise, modeste à l’échelle du projet, n’en constitue pas moins un signal de vigilance pour les bailleurs, qui surveillent la capacité de l’État à tenir ses engagements de contrepartie.

Concrètement, le calendrier d’un lancement au second semestre 2026 reste tenable, mais étroit. La trajectoire du chantier dépendra moins désormais des études techniques, largement bouclées, que de la mécanique financière entre Yaoundé, Londres et les banquiers. Pour le corridor sud-camerounais et l’hinterland du port de Kribi, l’enjeu est de transformer une promesse vieille de quinze ans en infrastructure opérationnelle. Selon Investir au Cameroun, l’annonce officielle de la date de signature est désormais l’événement déclencheur attendu par l’ensemble des parties.

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About the Author

Awa Ngoma
Journaliste industrielle, Awa Ngoma couvre les filières manufacturières, la logistique portuaire et les grands projets d'infrastructures en Afrique centrale et de l'Ouest. Ingénieure de formation, elle analyse les chaînes de valeur locales, les implantations d'unités de production et les contrats de concession routière, ferroviaire et portuaire.

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