Le prix du kilogramme de cacao au Cameroun frôle désormais la barre des 2 000 FCFA dans les principaux bassins de production, à deux mois de la clôture de la campagne 2025-2026 prévue le 15 juillet. Cette progression, relevée par le Système d’information des filières (SIF), dispositif d’alerte piloté par l’Office national du cacao et du café (ONCC), traduit une remontée sensible des cours sur les marchés intérieurs. Le 11 mai, la même quantité s’échangeait encore entre 1 750 et 1 800 FCFA, soit une hausse de près de 150 FCFA en l’espace d’une semaine.
Une remontée des cours qui reste loin des records récents
Malgré cette dynamique haussière, les producteurs camerounais demeurent très en deçà des niveaux atteints lors des deux campagnes précédentes. Lors de la saison 2024-2025, le kilogramme de fèves avait culminé à 5 400 FCFA dans certains bassins. Un an plus tôt, en 2023-2024, le prix bord-champ s’était même envolé jusqu’à 6 000 FCFA, porté par une rareté historique de l’offre mondiale et la défaillance des récoltes ivoirienne et ghanéenne.
Ces sommets avaient nourri l’optimisme des autorités camerounaises. À l’ouverture de la campagne actuelle, en août 2025, le gouvernement et les opérateurs de la filière anticipaient une fourchette de prix aux producteurs comprise entre 3 200 et 5 400 FCFA le kilogramme. La trajectoire effective des cours s’est révélée nettement moins porteuse, contraignant les acteurs à réviser leurs perspectives de revenus.
Le retournement du marché mondial pèse sur les bassins camerounais
Les analystes des matières premières attribuent ce décrochage à la reconstitution attendue de l’offre mondiale. Après deux saisons marquées par un déficit structurel, les prévisions tablent désormais sur un excédent de production, notamment en Côte d’Ivoire et au Ghana, qui concentrent à eux deux près de 60 % de la production mondiale. Cette inversion du cycle exerce une pression baissière mécanique sur les contrats à terme négociés à Londres et à New York, et se diffuse rapidement vers les marchés physiques africains.
Le Cameroun, quatrième producteur mondial avec environ 300 000 tonnes annuelles, subit pleinement ce retournement. La structure de sa filière, dominée par de petits exploitants et marquée par un poids significatif des intermédiaires, amortit difficilement les chocs de prix. Les coopératives qui avaient investi dans le stockage en anticipant une nouvelle envolée des cours se retrouvent aujourd’hui exposées à des marges réduites, voire à des pertes sèches lorsque les achats avaient été réalisés au plus haut.
Enjeux stratégiques pour la filière cacao camerounaise
La conjoncture actuelle replace au premier plan la question de la résilience de la filière. Les recettes d’exportation du cacao constituent une source majeure de devises pour Yaoundé et un revenu déterminant pour plusieurs centaines de milliers de ménages ruraux, principalement dans les régions du Centre, du Sud-Ouest et du Littoral. Une rechute durable des prix bord-champ aurait des conséquences directes sur la consommation rurale et sur la capacité d’investissement des planteurs dans la régénération des vergers.
Plusieurs leviers sont sur la table. La transformation locale, longtemps annoncée comme priorité stratégique, peine à dépasser les 30 % de la production nationale broyée sur place. La montée en puissance de standards de durabilité, exigés par l’Union européenne avec le règlement sur la déforestation importée, impose par ailleurs aux opérateurs camerounais des investissements en traçabilité que la baisse des prix rend plus délicats à financer. Reste enfin la question du positionnement qualitatif : les fèves camerounaises, prisées pour leur arôme spécifique, pourraient justifier des primes commerciales si la segmentation premium est mieux structurée.
À court terme, l’évolution des cours d’ici la clôture de la campagne le 15 juillet déterminera l’ampleur du manque à gagner pour les producteurs. À plus long terme, la capacité du Cameroun à amortir la volatilité d’un marché redevenu excédentaire dépendra autant de la productivité de ses vergers que de la profondeur de son industrie de transformation. Selon Investir au Cameroun.
Pour aller plus loin
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