Le Gabon et la Banque mondiale lancent un Registre social unique

Modern cityscape of Lagos, Nigeria, with residential and commercial buildings near the ocean.Photo : onaopemipo Rufus / Pexels

Le chantier du Registre social unique (RSU) franchit une nouvelle étape au Gabon. La ministre des Affaires sociales, Armande Longo épouse Moulengui, a réuni le jeudi 7 mai 2026 à Libreville les experts de la Banque mondiale et l’équipe du Bureau de coordination nationale du RSU. Objectif affiché de cette rencontre de travail : caler les modalités opérationnelles d’un dispositif appelé à devenir la colonne vertébrale de la politique de protection sociale gabonaise. Le pays cherche, à travers cet instrument, à identifier précisément les ménages vulnérables et à mieux orienter les transferts publics.

Un Registre social unique pour rationaliser l’aide publique

Le RSU consiste, dans sa logique, à constituer une base de données nationale recensant les ménages selon leur niveau de revenu, leur composition et leurs conditions de vie. L’outil doit permettre aux administrations gabonaises de croiser leurs fichiers et d’éviter la dispersion des aides. Plusieurs pays africains, du Sénégal au Togo, ont déjà déployé un dispositif similaire avec l’appui de la Banque mondiale, souvent dans le sillage des programmes de transferts monétaires accélérés pendant la pandémie de Covid-19.

Pour le Gabon, l’enjeu est double. Il s’agit d’abord de disposer d’une photographie fiable de la pauvreté monétaire et multidimensionnelle dans un pays classé à revenu intermédiaire de la tranche supérieure mais marqué par de fortes inégalités. Il s’agit ensuite de répondre à une exigence de redevabilité : les bailleurs internationaux conditionnent désormais une partie de leurs financements à la traçabilité des bénéficiaires des programmes sociaux.

L’expertise de la Banque mondiale en appui technique

L’institution dirigée par Ajay Banga apporte au Gabon une expertise éprouvée sur la conception de ces registres. Ses équipes interviennent généralement sur trois volets : la méthodologie de collecte des données, l’architecture informatique du système d’information sociale, et les protocoles d’interopérabilité avec les fichiers existants de l’état civil, de la santé ou de l’éducation. La séance de Libreville s’est concentrée sur la feuille de route à court terme et sur les arbitrages techniques préalables au déploiement.

Le Bureau de coordination nationale du RSU, structure rattachée au ministère des Affaires sociales, joue le rôle de chef de file côté gabonais. Sa mission est de fédérer les administrations sectorielles autour d’un référentiel unique, là où chaque ministère a longtemps géré ses propres listes de bénéficiaires. Cette fragmentation a nourri les doublons et les exclusions, deux écueils que le futur registre entend corriger.

Cartographier la pauvreté, un préalable politique

La cartographie de la pauvreté ne relève pas seulement de la statistique. Elle conditionne la crédibilité des engagements sociaux pris par les autorités de la transition, qui ont fait de la lutte contre la précarité un axe affiché depuis le changement de régime d’août 2023. Sans données granulaires, les programmes de bourses, de gratuité ciblée ou de transferts monétaires demeurent vulnérables aux critiques de clientélisme et d’inefficacité budgétaire.

Le calendrier précis du déploiement n’a pas été communiqué à l’issue de la réunion. Reste que la dynamique enclenchée traduit la volonté de Libreville d’aligner ses outils de protection sociale sur les standards régionaux. Plusieurs partenaires techniques et financiers, dont l’Unicef et le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), interviennent par ailleurs sur les politiques sociales gabonaises, avec lesquels le RSU devra dialoguer.

Au-delà de l’outil lui-même, la réussite du dispositif dépendra de la qualité des opérations de recensement sur le terrain et de la protection des données personnelles collectées. L’expérience d’autres pays africains montre que les registres sociaux atteignent leur plein potentiel lorsqu’ils sont mis à jour régulièrement et reliés à un identifiant national unique. Le Gabon, qui poursuit la modernisation de son état civil biométrique, dispose à cet égard d’une fenêtre favorable. Selon Gabon Review, la séance du 7 mai à Libreville visait précisément à accélérer la mise en place de ce registre.

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Serge Kaboré
Journaliste politique, Serge Kaboré suit les trajectoires électorales et la gouvernance publique dans l'espace francophone ouest-africain. Ses analyses portent sur les alternances démocratiques, la réforme de l'État, les transitions militaires et les politiques publiques structurantes dans les domaines de l'éducation et de la santé.

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