L’enlèvement de Me Mountaga Tall, figure historique du barreau et de la vie politique malienne, ouvre une nouvelle séquence de tension entre le pouvoir militaire de Bamako et les voix critiques du pays. L’ancien ministre sénégalais de l’Intérieur Me Ousmane Ngom est sorti de sa réserve pour exiger publiquement la libération immédiate de son confrère, geste rare qui place la classe politique ouest-africaine devant ses responsabilités. L’affaire intervient dans un Mali où les disparitions d’opposants et d’avocats se multiplient depuis l’arrivée au pouvoir des autorités de transition.
Une voix sénégalaise pour briser le silence régional
Avocat de renom à Dakar et ancien ministre de l’Intérieur sous Abdoulaye Wade, Me Ousmane Ngom a choisi de s’exprimer sans détour sur le sort réservé à son homologue malien. Sa déclaration tranche avec la prudence diplomatique généralement observée par les responsables de la sous-région à l’égard de la junte dirigée par le général Assimi Goïta. En réclamant la remise en liberté de Me Tall, l’avocat sénégalais convoque la solidarité confraternelle, mais aussi un argument de droit : nul ne saurait être détenu hors de tout cadre légal, encore moins enlevé.
Cette prise de parole résonne d’autant plus fort que les barreaux ouest-africains entretiennent depuis des décennies des liens étroits, façonnés par la formation commune de leurs membres et par l’unité du droit OHADA. Lorsque l’un des leurs est privé de liberté dans des conditions opaques, la profession se mobilise rarement à découvert. Le geste de Me Ngom rompt avec cette retenue.
Mountaga Tall, une stature qui dérange Bamako
Ancien candidat à la présidentielle malienne, président du Congrès national d’initiative démocratique (CNID) et plusieurs fois ministre, Me Mountaga Tall incarne une génération d’hommes politiques formés au débat contradictoire et attachés au multipartisme issu de la révolution de 1991. Son parcours d’avocat doublé de responsable partisan en faisait l’une des consciences critiques de la transition militaire engagée après les coups d’État de 2020 et 2021.
Depuis la suspension des activités politiques décidée par les autorités, plusieurs figures de l’opposition ont été interpellées, contraintes au silence ou poussées à l’exil. L’enlèvement de Me Tall, dans des circonstances que les proches qualifient d’extrajudiciaires, s’inscrit dans cette dynamique de verrouillage. Pour les organisations de défense des droits humains, le mode opératoire — disparition sans mandat, absence de communication officielle, silence des autorités judiciaires — devient un signal récurrent.
Un test pour la CEDEAO et les barreaux africains
L’affaire intervient dans un contexte régional fragmenté. Le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont quitté la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) pour fonder l’Alliance des États du Sahel, vidant de sa substance les mécanismes traditionnels de pression diplomatique. La capacité des barreaux nationaux et de l’Union africaine à se faire entendre devient alors centrale, à défaut de canaux interétatiques fonctionnels.
Pour les chancelleries ouest-africaines, la disparition de Me Tall pose un dilemme. Trop intervenir, c’est risquer une réaction brutale de Bamako, qui dénonce systématiquement les ingérences. Se taire revient à laisser s’installer un précédent dangereux pour l’ensemble des avocats engagés dans la défense des libertés publiques au Sahel. Le précédent du Niger, où plusieurs avocats ont également été inquiétés depuis le coup d’État de juillet 2023, alimente cette inquiétude.
Reste à savoir si la sortie de Me Ousmane Ngom fera école parmi les autres figures du barreau régional, et si le Conseil de l’Ordre du Mali, ainsi que ses homologues sénégalais, ivoirien ou guinéen, donneront une suite institutionnelle à cet appel. La trajectoire de Me Mountaga Tall, dont les partisans réclament des nouvelles depuis plusieurs jours, est désormais devenue un marqueur politique. Selon Dakaractu.
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