Liban : Al Akhbar accuse Baabda de coordonner avec Israël contre la résistance

Aerial view of Beirut's cityscape featuring historic architecture and urban skyline.Photo : Jo Kassis / Pexels

Le journal libanais Al Akhbar a publié un deuxième volet de son enquête polémique mettant en cause la présidence libanaise de Baabda, accusée de glisser vers un schéma de coopération sécuritaire comparable à celui de l’Autorité palestinienne basée à Ramallah. Le parallèle, frontal, vise à dénoncer ce que le quotidien beyrouthin présente comme une forme de coordination entre les institutions libanaises et l’État d’Israël, désigné comme l’ennemi, pour affaiblir le Hezbollah et les composantes armées de la résistance. La publication intervient dans un climat de tension intérieure marqué par le débat sur le monopole des armes et la mise en œuvre de la résolution 1701 du Conseil de sécurité des Nations unies.

Une charge politique contre la présidence libanaise

Le titre choisi par Al Akhbar, qui assimile « le pouvoir de Baabda au pouvoir de Ramallah », s’inscrit dans une grille de lecture où la coordination sécuritaire palestino-israélienne, instaurée par les accords d’Oslo, sert de repoussoir. En transposant ce modèle à Beyrouth, le quotidien suggère que l’exécutif libanais accepterait, sous pression occidentale et arabe, de jouer un rôle de supplétif dans la neutralisation de la formation chiite. La présidence, occupée depuis janvier par l’ancien chef de l’armée Joseph Aoun, est ainsi présentée comme alignée sur un agenda extérieur, hostile à la base populaire du parti de Hassan Nasrallah, tué lors d’une frappe israélienne sur la banlieue sud de Beyrouth en septembre 2024.

L’article s’appuie sur une grille de lecture éprouvée par la rédaction d’Al Akhbar depuis la guerre de l’été 2024 et le cessez-le-feu conclu en novembre de la même année. Pour le quotidien, la séquence en cours dépasse la simple application d’un accord militaire : elle traduit une recomposition politique imposée par Washington et certaines capitales du Golfe, dont l’objectif assumé serait de désarmer la résistance armée au sud du Litani et, à terme, sur l’ensemble du territoire.

Le précédent de Ramallah comme grille de lecture

La comparaison avec l’Autorité palestinienne n’est pas anodine. Depuis 1993, la coordination sécuritaire entre les forces de Mahmoud Abbas et les services israéliens fait l’objet de critiques récurrentes au sein des factions palestiniennes, qui y voient un instrument de répression des mouvements de résistance. En reprenant ce schéma, Al Akhbar cherche à délégitimer toute approche libanaise qui consisterait à confier à l’armée nationale, sous supervision internationale, le contrôle exclusif de l’arsenal militaire. La rédaction estime qu’un tel processus reviendrait à priver le Hezbollah de sa capacité de dissuasion face à Israël, au moment même où les frappes aériennes israéliennes se poursuivent dans plusieurs localités du Sud-Liban et de la Bekaa, malgré la trêve.

Le quotidien rappelle, dans son argumentaire, que la formation chiite a perdu une partie significative de son commandement militaire lors de la dernière confrontation, et que les négociations actuelles sur le retrait israélien des cinq positions encore occupées au sud restent au point mort. Dans ce contexte, toute initiative présidentielle visant à formaliser un monopole étatique sur les armes est lue comme un acte d’allégeance aux exigences américaines portées par l’émissaire Amos Hochstein puis par ses successeurs.

Un signal envoyé à la scène intérieure

Au-delà de la polémique éditoriale, la publication illustre la profondeur du clivage qui traverse la classe politique libanaise depuis l’élection présidentielle de janvier 2025 et la formation du gouvernement de Nawaf Salam. Les forces souverainistes, chrétiennes et sunnites, soutiennent une stricte application de la résolution onusienne et la restauration de la centralité de l’armée libanaise. À l’inverse, le tandem chiite Hezbollah-Amal, relayé par Al Akhbar, considère que toute remise en cause de l’arsenal de la résistance fragilise la dissuasion nationale et expose le pays à de nouvelles agressions.

Reste que la pression internationale s’intensifie. Le Fonds monétaire international, les bailleurs du Golfe et la conférence de soutien organisée à Paris conditionnent toute aide à la reconstruction à des avancées politiques précises, dont le contrôle étatique des armes. La présidence de Baabda se trouve donc à la croisée d’injonctions contradictoires, entre exigences extérieures et équilibres communautaires intérieurs. Selon Al Akhbar.

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Ibrahim El Hadj
Correspondant Moyen-Orient, Ibrahim El Hadj suit les dossiers géopolitiques et économiques de la région, avec un intérêt particulier pour les investissements du Golfe en Afrique, les routes commerciales de la mer Rouge et la diplomatie énergétique. Arabophone et francophone, il travaille sur les sources libanaises, algériennes et émiraties.

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