Gaza : 177 enfants palestiniens tués depuis la trêve, selon Al Akhbar

Three boys joyfully play together in the sand outdoors in Gaza, highlighting childhood innocence and friendship.Photo : Hosny salah / Pexels

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Le bilan publié par Al Akhbar jette une lumière crue sur la réalité de la trêve censée encadrer le conflit à Gaza. Cent soixante-dix-sept enfants palestiniens ont été tués par l’armée israélienne depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu, selon les chiffres compilés par le quotidien libanais. La comparaison utilisée par le journal, celle d’une « classe » effacée quotidiennement, traduit l’ampleur d’une saignée démographique qui ne s’interrompt pas, même à l’heure où la diplomatie internationale affiche l’accord comme un succès.

Une trêve qui n’a pas suspendu la létalité des opérations

L’expression d’« occupation », employée par Al Akhbar, renvoie au cadre juridique qui structure la lecture arabe du dossier palestinien. Sur le terrain, les frappes, tirs et incursions se poursuivent dans plusieurs secteurs de l’enclave, en dépit des engagements pris dans le cadre de l’accord. Le quotidien souligne que la part des mineurs dans les victimes recensées reste disproportionnée, à l’image de ce que documentent depuis deux ans les agences humanitaires onusiennes.

La trêve, présentée à Washington et dans plusieurs capitales européennes comme un tournant, peine donc à produire ses effets les plus élémentaires : la baisse de la mortalité civile et l’ouverture d’un horizon politique. Les organisations humanitaires opérant à Gaza évoquent depuis des mois un système de soins effondré, des écoles transformées en abris de fortune et une population pédiatrique exposée à la malnutrition, aux maladies et aux bombardements résiduels.

Le poids stratégique d’un bilan pédiatrique

Au-delà de la dimension humaine, le chiffre de cent soixante-dix-sept enfants tués depuis l’instauration du cessez-le-feu possède une portée diplomatique. Il alimente la pression sur les médiateurs, au premier rang desquels l’Égypte, le Qatar et les États-Unis, sommés de garantir l’application stricte de l’accord. Dans le monde arabe, et singulièrement au Liban où paraît Al Akhbar, ce décompte nourrit une lecture déjà installée : celle d’un cessez-le-feu asymétrique, dont les obligations ne pèseraient que sur le camp palestinien.

Pour les chancelleries de la région, ce bilan complique également la trajectoire des dossiers connexes. La reconstruction de Gaza, évaluée par la Banque mondiale et les Nations unies à plusieurs dizaines de milliards de dollars, suppose un environnement sécuritaire stabilisé. Les bailleurs du Golfe, sollicités pour porter une part substantielle de l’effort, conditionnent leurs engagements à des garanties politiques tangibles. Chaque enfant tué après l’accord érode un peu plus la crédibilité du cadre négocié.

Une bataille des récits qui se joue aussi par les chiffres

La publication régulière de bilans détaillés par les médias arabes participe d’une bataille des récits dans laquelle la donnée chiffrée occupe une place centrale. Al Akhbar, proche de l’axe contestataire à la politique israélienne, met en avant la dimension pédiatrique pour souligner ce qu’il considère comme un caractère systématique des frappes. À l’inverse, les autorités israéliennes contestent régulièrement les méthodes de comptabilisation et renvoient la responsabilité des pertes civiles aux factions armées palestiniennes accusées d’utiliser les zones densément peuplées.

Reste que les ordres de grandeur convergent. L’Unicef et le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA) publient depuis le déclenchement de la guerre à l’automne 2023 des estimations qui font des enfants l’un des groupes les plus exposés du conflit. La spécificité de la séquence actuelle tient au fait que les pertes se prolongent après l’entrée en vigueur d’un accord censé y mettre un terme.

Pour les capitales africaines et moyen-orientales qui suivent le dossier, l’enjeu dépasse la seule question humanitaire. Il touche à la crédibilité des architectures de médiation, à la solidité des engagements pris devant le Conseil de sécurité et à la place qu’occupera la question palestinienne dans les recompositions régionales en cours, du dossier iranien à la normalisation saoudo-israélienne. Selon Al Akhbar, le décompte des enfants tués depuis la trêve continue de s’alourdir jour après jour.

Pour aller plus loin

Sud-Liban : la pratique des doubles frappes israéliennes documentée · Bloomberg révèle les pressions émiraties pour confronter l’Iran · Iran : les PME asphyxiées par la guerre et la coupure d’Internet

Actualité africaine

About the Author

Ibrahim El Hadj
Correspondant Moyen-Orient, Ibrahim El Hadj suit les dossiers géopolitiques et économiques de la région, avec un intérêt particulier pour les investissements du Golfe en Afrique, les routes commerciales de la mer Rouge et la diplomatie énergétique. Arabophone et francophone, il travaille sur les sources libanaises, algériennes et émiraties.

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