Le cessez-le-feu entre Israël et le Liban a été reconduit pour 45 jours supplémentaires à l’issue de la deuxième journée de pourparlers tenue vendredi 15 mai à Washington. Les délégations des deux pays négocient sous médiation américaine un cadre destiné à stabiliser durablement la frontière nord d’Israël, où les hostilités avec le Hezbollah ont laissé un paysage économique et sécuritaire profondément dégradé. Cette prolongation, présentée comme une victoire diplomatique par la Maison-Blanche, n’enraye toutefois pas la dynamique militaire régionale, Israël poursuivant en parallèle ses frappes contre des positions liées à l’Iran.
Un sursis diplomatique sous médiation américaine
La reconduction de la trêve libano-israélienne intervient dans un contexte de pression accrue de l’administration Trump sur les acteurs régionaux. Washington cherche à transformer le moratoire des combats en architecture politique pérenne, comprenant un retrait progressif des forces israéliennes du Sud-Liban et un désarmement encadré du Hezbollah au sud du Litani. Les négociations achoppent encore sur le calendrier et sur les garanties de sécurité que Beyrouth exige en contrepartie.
Pour le gouvernement libanais, déjà fragilisé par une crise financière qui dure depuis 2019, ce répit est une condition sine qua non à toute relance économique. Les bailleurs internationaux conditionnent leurs engagements à une stabilisation effective de la frontière. La prolongation de 45 jours offre une fenêtre étroite pour finaliser un mécanisme de surveillance crédible, sous égide de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL) et d’observateurs américains et français déjà présents sur le terrain.
Reste que la trêve demeure asymétrique. Tsahal continue de mener des frappes ciblées sur des dépôts d’armes, des cadres présumés du Hezbollah et, plus largement, sur des positions iraniennes en Syrie comme au Liban. Ces opérations, justifiées par Israël au nom de la prévention du réarmement, sont dénoncées par Beyrouth comme autant de violations du cadre négocié. La diplomatie progresse, donc, sans interruption des hostilités de basse intensité.
Pékin entre dans le jeu sur Ormuz
À des milliers de kilomètres, le sommet entre Xi Jinping et Donald Trump à Pékin a offert une seconde scène à la question moyen-orientale. La présidence chinoise a appelé à un cessez-le-feu global dans la région et exigé la réouverture du détroit d’Ormuz « dès que possible ». Cette voie maritime, par laquelle transite près d’un cinquième du pétrole mondial, demeure l’angle mort de la confrontation entre Israël et l’Iran.
La position chinoise ne relève pas du seul affichage. Premier importateur de brut iranien et acheteur stratégique des hydrocarbures saoudiens et émiratis, Pékin a un intérêt vital à la libre circulation dans le Golfe. En posant publiquement la question d’Ormuz, Xi Jinping reprend la main sur un dossier où la médiation chinoise avait déjà permis, en mars 2023, le rapprochement entre Riyad et Téhéran. La Chine entend ainsi se positionner en garant alternatif d’une désescalade régionale, là où Washington apparaît contraint par son alignement sur Israël.
Une équation régionale toujours instable
Pour les chancelleries arabes, la séquence illustre la coexistence de deux temporalités. D’un côté, une diplomatie technique, transactionnelle, qui grignote du temps et des compromis sur le terrain libanais. De l’autre, une compétition stratégique entre puissances qui se joue à l’échelle du Golfe et de la mer Rouge, où les attaques contre le trafic maritime, les sanctions secondaires américaines et la posture iranienne dictent les prix de l’énergie.
Les acteurs économiques du Moyen-Orient, des compagnies d’assurance maritime de Dubaï aux raffineurs du Golfe, surveillent la prochaine échéance de fin juin avec attention. Un échec des pourparlers libanais signifierait probablement une reprise des opérations à haute intensité, avec un risque d’embrasement régional impliquant l’Iran. Une reconduction sèche, sans avancée sur le désarmement, prolongerait l’incertitude pour les investisseurs.
La diplomatie chinoise, en s’invitant explicitement sur le terrain d’Ormuz, signale que Pékin n’entend plus laisser à Washington le monopole du règlement. Reste à voir si cette double pression, américaine sur le front libanais et chinoise sur le front maritime, suffira à éloigner l’hypothèse d’une guerre régionale ouverte. Selon RFI Moyen-Orient.
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