Liban : Hussein Hajj Hassan dénonce les concessions faites à Washington

Urban scene in Beirut showcasing a Christmas tree beside a damaged building, reflecting resilience.Photo : Jo Kassis / Pexels

La controverse sur la posture du Liban face aux exigences américaines s’amplifie. Le député Hussein Hajj Hassan, figure du bloc parlementaire du Hezbollah, a vivement critiqué ce qu’il qualifie d’excès de complaisance des dirigeants libanais à l’égard de Washington. Pour le parlementaire de la Béqaa, la succession des concessions accordées à l’administration américaine n’apporte aucune contrepartie tangible et expose Beyrouth à de nouvelles impasses, qu’elles soient politiques, sécuritaires ou économiques.

Une critique frontale de la diplomatie libanaise

Hussein Hajj Hassan estime que les responsables libanais auraient cédé sur des dossiers sensibles sans obtenir d’engagements américains équivalents. Il dénonce une logique d’asymétrie dans laquelle le Liban accumule les renoncements pendant que Washington maintient ou durcit ses exigences. Cette grille de lecture, défendue de longue date par le Hezbollah, gagne en relief alors que les pressions diplomatiques sur Beyrouth se sont intensifiées depuis l’accord de cessez-le-feu conclu fin 2024 entre Israël et la formation chiite.

Le député pointe en particulier la séquence des négociations indirectes touchant à la frontière sud, à l’arsenal de la résistance et à la mise en œuvre de la résolution 1701 du Conseil de sécurité des Nations unies. À ses yeux, chaque pas accompli en direction des demandes israélo-américaines fragilise davantage la souveraineté libanaise. Le ton, ferme, traduit la volonté du parti de Hassan Nasrallah, désormais dirigé par Naïm Qassem, de baliser publiquement les lignes rouges qu’il refuse de voir franchies par l’exécutif.

Les concessions en question

Plusieurs dossiers cristallisent les tensions internes. La pression américaine sur l’application stricte de l’accord de novembre 2024, qui impose le redéploiement de l’armée libanaise au sud du Litani et le retrait des combattants du Hezbollah, alimente le bras de fer. À Beyrouth, l’envoyé spécial américain multiplie les visites pour pousser les autorités à accélérer le calendrier, malgré la persistance d’opérations militaires israéliennes au sud du pays.

Hajj Hassan reproche au pouvoir politique de ne pas exiger en retour la fin des frappes israéliennes ni le retrait total des positions encore occupées. Cette dissymétrie, selon lui, valide implicitement la grammaire imposée par Washington : un Liban désarmé d’un côté, un voisin israélien libre de ses mouvements de l’autre. Le député y voit une concession de souveraineté, et non un compromis équilibré. Il met également en garde contre la tentation de lier l’aide internationale à la reconstruction du Sud à des conditions politiques touchant à l’architecture sécuritaire interne.

Un débat qui dépasse le seul Hezbollah

Au-delà du discours partisan, l’argument du parlementaire rejoint des inquiétudes exprimées par d’autres acteurs politiques libanais soucieux de préserver une marge de manœuvre face aux capitales étrangères. La Présidence de la République, le gouvernement de Nawaf Salam et le Parlement présidé par Nabih Berri se trouvent pris en étau entre les attentes de la communauté internationale, indispensable au sauvetage économique du pays, et les équilibres confessionnels et stratégiques internes.

Le Liban traverse une phase charnière. La crise économique amorcée en 2019 n’est toujours pas résorbée, la livre libanaise reste sinistrée et les besoins de financement extérieur sont colossaux. Dans ce contexte, le Fonds monétaire international (FMI) et les bailleurs occidentaux conditionnent leur soutien à des réformes structurelles, mais aussi, en filigrane, à un alignement géopolitique. La mise en garde de Hajj Hassan vise précisément cette zone grise où les concessions économiques peuvent se muer en concessions stratégiques.

Reste que la marge de Beyrouth est étroite. Sans déblocage des financements internationaux ni stabilisation sécuritaire au Sud, la reprise demeure hors d’atteinte. Le débat ouvert par le député du Hezbollah pose ainsi une question centrale pour la classe dirigeante : jusqu’où négocier avec Washington sans céder l’essentiel ? La réponse façonnera la prochaine étape institutionnelle du pays. Selon Al Akhbar.

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About the Author

Ibrahim El Hadj
Correspondant Moyen-Orient, Ibrahim El Hadj suit les dossiers géopolitiques et économiques de la région, avec un intérêt particulier pour les investissements du Golfe en Afrique, les routes commerciales de la mer Rouge et la diplomatie énergétique. Arabophone et francophone, il travaille sur les sources libanaises, algériennes et émiraties.

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