Le Mali traverse une nouvelle séquence critique. L’attaque coordonnée du 25 avril a ouvert une brèche dans le dispositif sécuritaire de la junte au pouvoir, contraignant le colonel Assimi Goïta à orchestrer un retour public destiné à rassurer une opinion ébranlée. Si le chef de l’État malien demeure formellement aux commandes, le territoire qu’il administre se rétracte, à mesure que progressent des combattants issus d’une alliance hétérogène entre groupes rebelles du nord et formations jihadistes.
Une autorité centrale contestée jusqu’aux abords de Bamako
La capitale, longtemps présentée comme un sanctuaire à l’écart des zones de combats, n’est plus à l’abri. Selon les éléments rapportés, les assaillants se sont repliés dans les faubourgs de Bamako après leur opération coup-de-poing, signe d’une porosité inédite du périmètre stratégique entourant le siège du pouvoir. Cette proximité géographique modifie la perception du conflit, autrefois cantonné dans les imaginaires aux régions septentrionales et au centre du pays.
La symbolique est lourde pour une junte qui avait fait de la reconquête territoriale l’un des piliers de sa légitimité. Arrivée au pouvoir à la faveur de deux coups d’État successifs, en août 2020 puis en mai 2021, l’équipe Goïta avait promis de restaurer la souveraineté de l’État sur l’intégralité du territoire national. Trois ans plus tard, l’équation se complique, alors que la prise de Kidal, présentée fin 2023 comme un tournant militaire, n’a pas durablement enrayé la dynamique adverse.
Une coalition hybride qui redessine la carte du conflit
Le rapprochement opérationnel entre mouvements rebelles, héritiers des revendications touarègues, et katibas jihadistes constitue l’une des évolutions les plus déstabilisantes pour Bamako. Cette convergence, longtemps redoutée par les analystes du Sahel, brouille les lignes traditionnelles d’un conflit où les autorités maliennes pouvaient jouer des divisions entre factions. Désormais, plusieurs villes échappent au contrôle de l’armée, prolongeant le glissement amorcé après le retrait de la mission onusienne Minusma.
Le départ des forces internationales, doublé de l’éloignement progressif des partenaires occidentaux, a laissé l’État malien adosser sa stratégie militaire à la coopération avec des opérateurs russes, notamment l’ex-groupe Wagner désormais réorganisé sous la bannière d’Africa Corps. Ce repositionnement diplomatique et opérationnel, salué dans certains cercles panafricanistes, peine néanmoins à produire les résultats escomptés sur le terrain. La cadence des attaques, leur sophistication et leur portée géographique témoignent d’une capacité d’initiative préservée du côté des groupes armés.
Le pari politique d’une junte sous pression
Sur le plan intérieur, le retour mis en scène d’Assimi Goïta vise à conjurer la sensation d’un pouvoir vacillant. Les chancelleries observent attentivement la séquence, alors que le calendrier de transition demeure flou et que l’éventualité d’une présidentielle s’éloigne. La récente annonce de la dissolution des partis politiques a achevé de verrouiller l’espace civique, privant la junte d’amortisseurs sociaux susceptibles de canaliser le mécontentement.
Au sein de la Confédération des États du Sahel, qui réunit Bamako, Ouagadougou et Niamey, la déstabilisation malienne fragilise un édifice institutionnel encore en construction. Les trois capitales avaient parié sur une mutualisation sécuritaire pour répondre au défi jihadiste, mais l’avancée de la coalition rebelle dans le nord et le centre du Mali interroge la solidité de cette architecture. Le risque d’un effet domino, du Liptako-Gourma jusqu’aux frontières mauritanienne et sénégalaise, alimente la nervosité des partenaires régionaux.
Reste la question économique, souvent reléguée au second plan dans la couverture du conflit. L’insécurité grandissante asphyxie les corridors commerciaux, renchérit les coûts logistiques pour les opérateurs miniers et complique l’acheminement des denrées vers les zones rurales. Dans ce paysage, la stabilité de Bamako conditionne l’attractivité du Mali pour les investisseurs russes, turcs ou émiratis qui se positionnent sur l’or et le lithium. La capacité de la junte à inverser la tendance militaire dans les semaines qui viennent déterminera la marge de manœuvre dont elle disposera pour consolider sa trajectoire politique. Selon RFI Afrique.
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