Les opérations d’embuscade menées par l’armée israélienne dans le sud du Liban se retourneraient contre leurs initiateurs, selon une lecture publiée par le quotidien beyrouthin Al Akhbar. La publication, qui suit de près les dynamiques militaires le long de la frontière, décrit des incursions clandestines de petites unités israéliennes dans des localités frontalières, présentées comme destinées à neutraliser des combattants du Hezbollah, mais qui se solderaient par des pertes côté assaillant. Cette description tranche avec le récit officiel diffusé depuis Tel-Aviv, qui revendique la maîtrise opérationnelle de la zone tampon depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu de novembre 2024.
Le décor reste celui d’un Liban-Sud meurtri par treize mois de guerre ouverte entre Israël et le Hezbollah, ponctués d’une offensive terrestre israélienne lancée fin septembre 2024. L’accord de cessation des hostilités, parrainé par Washington et Paris, prévoyait un retrait israélien sous soixante jours et un redéploiement de l’armée libanaise au sud du Litani. Près d’un an plus tard, plusieurs positions demeurent occupées et les frappes ciblées se poursuivent, malgré les protestations répétées de Beyrouth auprès du comité de surveillance présidé par les États-Unis.
Des incursions présentées comme des pièges retournés
Selon Al Akhbar, les forces israéliennes recourent à des patrouilles de reconnaissance et à des positions d’embuscade installées de nuit dans les abords des villages frontaliers, du secteur de Marjeyoun jusqu’à la côte de Naqoura. Le quotidien rapporte que plusieurs de ces dispositifs auraient été repérés en amont par des combattants locaux, conduisant à des accrochages dans lesquels les unités israéliennes auraient subi des pertes avant de se replier sous couvert aérien. Le journal libanais évoque une montée en compétence des cellules restées actives sur le terrain, malgré l’affaiblissement structurel du Hezbollah à l’issue de la guerre.
Cette lecture doit être prise avec les précautions d’usage. Al Akhbar est connu pour son alignement éditorial avec la formation chiite, et l’armée israélienne, sollicitée habituellement sur ce type d’incidents, communique au compte-gouttes sur les pertes subies dans la zone. Reste que plusieurs sources de presse, dont des correspondants de l’AFP et de Reuters basés à Beyrouth, ont documenté ces dernières semaines une recrudescence des escarmouches, attestant que la ligne de front demeure poreuse et active.
Un cessez-le-feu en lambeaux et une équation politique fragile
Sur le plan politique, la séquence intervient alors que le gouvernement libanais dirigé par Nawaf Salam tente d’imposer un récit de souveraineté retrouvée, appuyé par le déploiement de plus de dix mille soldats au sud du Litani. Beyrouth a saisi à plusieurs reprises le mécanisme tripartite institué par l’accord pour dénoncer les violations attribuées à Israël. Concrètement, la marge de manœuvre demeure étroite : l’armée libanaise n’est pas mandatée pour engager les forces israéliennes, et la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL) opère sous des règles d’engagement contraintes.
Côté israélien, le maintien d’une posture offensive répond à une doctrine assumée par le cabinet de Benyamin Netanyahou, qui revendique une « liberté d’action » contre toute reconstitution militaire du Hezbollah. Les opérations clandestines au-delà de la Ligne bleue s’inscrivent dans cette logique de pression continue. Elles servent aussi un objectif domestique, à l’heure où l’opinion israélienne reste sensible à la question des déplacés du Nord, dont une partie attend toujours un retour stable dans les localités évacuées dès octobre 2023.
Un signal envoyé à la médiation internationale
Pour les chancelleries impliquées dans la médiation, Washington en tête, la multiplication d’accrochages locaux complique la consolidation de l’accord. Paris, qui copréside le mécanisme de surveillance, plaide pour un calendrier de retrait élargi et un appui financier renforcé à l’armée libanaise. Dans le même temps, plusieurs capitales du Golfe, dont Riyad et Doha, conditionnent toute aide à la reconstruction du sud à l’effectivité du cessez-le-feu et à la mise en œuvre du désarmement prévu par la résolution 1701 du Conseil de sécurité.
Le récit livré par Al Akhbar éclaire ainsi moins une bascule militaire qu’une dégradation lente de l’architecture sécuritaire post-2024. Tant que les contours du retrait demeureront flous et les protocoles d’engagement contestés, la zone frontalière restera exposée à un risque permanent d’engrenage. Selon Al Akhbar.
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