Kidal : les Touaregs annoncent un accord de retrait avec les Russes

A lone traveler walks across the vast sand dunes of Merzouga, Morocco, under a clear sky.Photo : Abdelaziz Baba / Pexels

Le rapport de force se déplace dans le nord du Mali. Les rebelles touaregs du Cadre stratégique pour la défense du peuple de l’Azawad (CSP-DPA) ont annoncé la conclusion d’un accord avec les éléments russes déployés à Kidal, prévoyant leur retrait de cette ville emblématique du septentrion malien. L’annonce, survenue ce week-end, met en lumière l’érosion des positions de la junte au pouvoir à Bamako, qui s’appuie depuis 2022 sur les supplétifs russes hérités du groupe Wagner pour reconquérir le territoire national.

Une attaque coordonnée entre Touaregs et djihadistes du GSIM

Samedi, le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), branche sahélienne d’Al-Qaïda dirigée par Iyad Ag Ghali, a revendiqué une série d’offensives contre des sites stratégiques tenus par les Forces armées maliennes (FAMa) et leurs partenaires russes. Fait inédit par son ampleur, ces opérations auraient été menées en coordination avec les indépendantistes touaregs, longtemps présentés comme des adversaires des organisations djihadistes. Le rapprochement tactique entre ces deux composantes, bien que circonstanciel, redessine la carte des alliances dans le Sahel central.

Kidal occupe une place singulière dans la géographie politique malienne. Reprise en novembre 2023 par l’armée malienne et ses alliés russes après une décennie de contrôle rebelle, la ville était devenue le symbole de la reconquête territoriale revendiquée par le colonel Assimi Goïta. Un éventuel retrait des forces russes constituerait donc un revers stratégique majeur pour Bamako, deux ans seulement après cette victoire emblématique.

Le repli russe, signal d’un essoufflement militaire

Les paramilitaires russes, désormais regroupés sous la bannière de l’Africa Corps placé sous tutelle directe du ministère de la Défense à Moscou, traversent une période délicate au Sahel. L’embuscade de Tinzaouatène, en juillet 2024, qui avait coûté la vie à plusieurs dizaines de combattants russes et de soldats maliens, avait déjà révélé la vulnérabilité du dispositif. Depuis, les attaques contre les convois et les positions avancées se sont multipliées, contraignant le commandement à reconsidérer son maillage territorial.

Selon les éléments rendus publics par les rebelles, l’accord négocié à Kidal viserait à permettre une évacuation ordonnée des combattants russes, sans affrontement direct. Une telle modalité, si elle se confirme, traduirait un changement de doctrine. Moscou privilégierait désormais la préservation de ses effectifs à la projection territoriale, dans un contexte où la guerre en Ukraine continue d’absorber l’essentiel des ressources militaires russes.

Bamako face à l’isolement diplomatique et sécuritaire

Pour la junte malienne, ce développement intervient à un moment particulièrement défavorable. La rupture consommée avec la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao), le départ des forces françaises et onusiennes, puis la formation de la Confédération des États du Sahel avec le Burkina Faso et le Niger, avaient été présentés comme les étapes d’une refondation souveraine. Or, la dégradation sécuritaire dans le nord et le centre du pays mine désormais cette construction politique.

Le calendrier interne aggrave la pression. Le pouvoir militaire, qui a repoussé sine die la transition vers un retour à l’ordre constitutionnel, doit composer avec une économie en berne, des coupures électriques chroniques et un mécontentement social croissant. La perte éventuelle de Kidal réactiverait par ailleurs la question lancinante du statut de l’Azawad, que l’accord d’Alger de 2015, dénoncé par la junte début 2024, avait tenté d’encadrer.

Reste à mesurer la solidité tactique du rapprochement entre le CSP-DPA et le GSIM. Les divergences idéologiques entre nationalistes touaregs et djihadistes salafistes demeurent profondes, et l’histoire récente du Sahel a montré la fragilité de telles convergences. Mais sur le terrain, l’efficacité opérationnelle de cette coordination pourrait, à court terme, suffire à reconfigurer durablement l’équation sécuritaire au nord du fleuve Niger. Selon Le Monde Afrique.

Pour aller plus loin

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About the Author

Fatoumata Sow
Analyste géopolitique, Fatoumata Sow est experte des dynamiques sécuritaires au Sahel et dans la Corne de l'Afrique. Elle a travaillé plusieurs années comme chercheuse dans des think tanks panafricains avant de rejoindre la presse. Ses analyses croisent les dimensions militaire, humanitaire et diplomatique des conflits régionaux.

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