Liban : sept signes de l’échec du pouvoir et du gouvernement

Aerial view of Beirut's dense skyline showcasing modern skyscrapers and urban sprawl.Photo : Jo Kassis / Pexels

Le débat politique libanais s’enflamme à nouveau autour de la performance de l’exécutif. Dans une analyse récente, le quotidien Al Akhbar avance que le mandat présidentiel et le gouvernement en exercice à Beyrouth accumulent les revers, au point de présenter sept signes tangibles d’un échec qu’il qualifie de patent. La publication, proche d’un courant critique de l’orientation officielle, place le pouvoir libanais face à ses promesses initiales de redressement et de souveraineté.

Une présidence sous le feu des critiques à Beyrouth

Selon la lecture proposée par Al Akhbar, l’arrivée du nouveau président de la République et la formation du gouvernement avaient suscité l’espoir d’une rupture avec la paralysie institutionnelle qui a marqué la vacance présidentielle prolongée. Quelques mois plus tard, le bilan dressé par le journal est sévère. L’exécutif est accusé de céder sur les dossiers stratégiques, de manquer de cohésion interne et d’aligner ses positions sur des priorités extérieures plutôt que sur l’intérêt national.

Le quotidien insiste sur la dimension sécuritaire. Malgré le cessez-le-feu conclu avec Israël, le sud du Liban continue d’enregistrer des frappes et des incursions, tandis que l’État, selon Al Akhbar, n’a obtenu aucune avancée diplomatique permettant de stopper ces violations. Cette incapacité à protéger l’intégrité territoriale constitue, pour la rédaction beyrouthine, le premier des sept indices d’échec.

Sept indices d’un mandat en difficulté

Le deuxième signe pointé tient à la gestion du dossier des armes et de la souveraineté. Le journal estime que le pouvoir cède aux pressions américaines et occidentales en plaçant la question du désarmement de la résistance au centre de l’agenda, sans contrepartie tangible obtenue d’Israël ni des partenaires internationaux. Le troisième indice porte sur la diplomatie : l’isolement régional du Liban se serait accentué, en particulier vis-à-vis de pays arabes dont les promesses d’aide tardent à se matérialiser.

Vient ensuite le volet économique. Al Akhbar relève que les réformes attendues par le Fonds monétaire international (FMI) restent au point mort, que la restructuration bancaire se fait toujours attendre et que les déposants spoliés depuis 2019 n’ont obtenu ni restitution claire ni feuille de route crédible. Le cinquième signe concerne les nominations administratives, jugées partisanes et conformes au vieux système de partage confessionnel que le mandat avait pourtant promis de réformer.

La reconstruction des zones détruites par la guerre figure parmi les sixième et septième points. Le quotidien rappelle que des dizaines de villages du Sud, de la Bekaa et de la banlieue sud de Beyrouth restent en ruines, sans plan de financement opérationnel ni mécanisme de coordination entre l’État, les bailleurs et les municipalités. Enfin, la communication politique du palais de Baabda et du Grand Sérail est décrite comme déconnectée de la réalité sociale d’une population dont le pouvoir d’achat continue de s’effondrer.

Un diagnostic qui pèse sur la scène politique libanaise

Au-delà de la charge éditoriale, l’analyse d’Al Akhbar reflète une fracture politique structurante. Une partie de l’échiquier libanais reproche à l’exécutif son alignement présumé sur les exigences de Washington et de Riyad, tandis que les soutiens du président mettent en avant la marge de manœuvre étroite imposée par la situation économique et la pression militaire israélienne. La controverse s’inscrit aussi dans la perspective des prochaines échéances législatives, où la performance de l’État sera scrutée par un électorat éprouvé par six années de crise.

Reste que les sept indices avancés par le quotidien recoupent des constats déjà formulés par plusieurs bailleurs internationaux et par la Banque mondiale, qui réclament depuis des mois un calendrier précis de réformes. Les partenaires européens du Liban, la France en tête, ont également rappelé que tout déblocage d’aides massives serait conditionné à des avancées concrètes sur la gouvernance financière et la lutte contre la corruption. Le diagnostic dressé à Beyrouth dépasse donc le cadre d’un seul journal pour rejoindre une exigence partagée par une large part des acteurs internationaux.

Dans les semaines à venir, le gouvernement devra arbitrer entre des priorités contradictoires : préserver la trêve fragile avec Israël, relancer un dialogue constructif avec le FMI et désamorcer la colère sociale qui couve dans les régions sinistrées. La fenêtre politique se referme rapidement. Selon Al Akhbar, c’est la crédibilité même du mandat qui se joue dans ces prochaines décisions.

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Ibrahim El Hadj
Correspondant Moyen-Orient, Ibrahim El Hadj suit les dossiers géopolitiques et économiques de la région, avec un intérêt particulier pour les investissements du Golfe en Afrique, les routes commerciales de la mer Rouge et la diplomatie énergétique. Arabophone et francophone, il travaille sur les sources libanaises, algériennes et émiraties.

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