Cheikh Qassem rejette toute négociation directe entre Liban et Israël

Aerial view of Beirut's dense skyline showcasing modern skyscrapers and urban sprawl.Photo : Jo Kassis / Pexels

Le secrétaire général du Hezbollah, Cheikh Naïm Qassem, a tracé une ligne rouge claire concernant la diplomatie libanaise face à Israël. Dans une intervention relayée par la presse beyrouthine, le dirigeant chiite a écarté toute hypothèse de pourparlers directs avec l’État hébreu, estimant qu’une telle démarche reviendrait à offrir à Tel-Aviv des gains politiques sans contrepartie. Il a, dans le même mouvement, qualifié la proposition formulée par Téhéran de levier le plus puissant dont dispose actuellement le Liban dans l’équation régionale.

Le rejet des pourparlers directs avec Israël

Pour Cheikh Qassem, le simple fait d’engager un dialogue bilatéral avec Israël constituerait une rupture avec la doctrine portée par la résistance libanaise depuis des décennies. Le responsable du parti chiite a martelé que ce format ne profiterait qu’à une seule partie. Selon ses propres termes rapportés par la presse libanaise, les négociations directes représenteraient des bénéfices nets pour Israël, sans gain équivalent côté libanais.

Cette position s’inscrit dans le prolongement de la ligne traditionnelle du Hezbollah, qui privilégie depuis 2006 le recours à des médiations indirectes, notamment via les Nations unies ou des intermédiaires américains et français. Le tracé maritime sud, conclu en octobre 2022 sous l’égide de Washington, illustre ce modèle : un accord obtenu sans poignée de main, sans table commune, et sans reconnaissance politique d’Israël par Beyrouth.

La proposition iranienne comme carte maîtresse

Au-delà du refus, Cheikh Qassem a mis en avant ce qu’il décrit comme l’arme diplomatique la plus précieuse dans la main libanaise : la proposition iranienne. Le dirigeant n’a pas détaillé publiquement le contenu exact de cette offre, mais il en a souligné le poids stratégique, la qualifiant de carte la plus forte pour Beyrouth dans les rapports de force actuels. Cette formulation traduit la conviction du Hezbollah que l’axe régional piloté par Téhéran demeure le principal contrepoids à la pression israélienne et américaine sur le pays du Cèdre.

Le calendrier de ces déclarations n’est pas anodin. Le Liban traverse une séquence post-conflit marquée par les destructions massives subies lors de l’affrontement de 2024 avec Israël, par le cessez-le-feu fragile entré en vigueur en novembre de la même année, et par les pressions occidentales pour un désarmement progressif des formations non étatiques. Dans ce contexte, la mention de l’option iranienne fonctionne comme un signal autant interne qu’externe.

Une grammaire stratégique inchangée

L’intervention de Cheikh Qassem confirme que la direction du Hezbollah n’entend pas modifier sa grammaire stratégique malgré les pertes humaines et matérielles enregistrées récemment, ni malgré la disparition de plusieurs cadres historiques, dont son prédécesseur Hassan Nasrallah, tué dans une frappe israélienne en septembre 2024. La formation continue d’arrimer ses choix tactiques à l’architecture régionale conçue par la République islamique d’Iran.

Cette posture place le gouvernement libanais dans une position délicate. Le président Joseph Aoun et le Premier ministre Nawaf Salam, installés au début de l’année 2025, ont multiplié les signaux d’ouverture envers les chancelleries occidentales et arabes pour obtenir un soutien financier à la reconstruction. La perspective d’un alignement diplomatique perçu comme trop proche de Téhéran pourrait compliquer ce volet, notamment auprès des bailleurs du Golfe et de la communauté internationale réunie autour du mécanisme de surveillance du cessez-le-feu.

Reste la question de l’opérationnalité de la proposition iranienne évoquée. Aucune source officielle, à Téhéran comme à Beyrouth, n’a précisé si cette offre relève d’un cadre de garanties sécuritaires, d’un appui économique à la reconstruction ou d’un volet plus large de réorganisation régionale. Cette opacité, voulue ou subie, laisse au Hezbollah une marge d’interprétation que ses adversaires politiques internes, du côté souverainiste comme du côté druze ou sunnite, ne manqueront pas de contester dans les semaines à venir. Selon Al Akhbar.

Pour aller plus loin

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Ibrahim El Hadj
Correspondant Moyen-Orient, Ibrahim El Hadj suit les dossiers géopolitiques et économiques de la région, avec un intérêt particulier pour les investissements du Golfe en Afrique, les routes commerciales de la mer Rouge et la diplomatie énergétique. Arabophone et francophone, il travaille sur les sources libanaises, algériennes et émiraties.

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