La crise alimentaire au Soudan a atteint un seuil inédit. Dans un communiqué conjoint, le Programme alimentaire mondial (PAM), l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et le Fonds des Nations unies pour l’enfance (UNICEF) décrivent un pays au bord du gouffre humanitaire, où près de vingt millions d’habitants sont confrontés à une insécurité alimentaire aiguë. Les trois agences évoquent désormais la plus vaste urgence alimentaire jamais documentée à l’échelle mondiale, dépassant en ampleur les situations observées au Yémen, en Éthiopie ou en République démocratique du Congo. Sans inflexion rapide de la réponse internationale, le scénario pourrait basculer vers une tragédie d’une magnitude supérieure.
Une économie de guerre qui asphyxie la chaîne alimentaire
Le conflit qui oppose depuis avril 2023 les Forces armées soudanaises aux Forces de soutien rapide a méthodiquement détruit l’appareil productif agricole. Les zones agricoles du Darfour, du Kordofan et de la Gezira, autrefois greniers du pays, sont devenues des théâtres d’opérations militaires. Les marchés régionaux se sont effondrés, les circuits logistiques sont disloqués, et la monnaie locale a perdu une part substantielle de sa valeur. Cette désorganisation rend l’accès aux denrées de base hors de portée pour une fraction croissante de la population, y compris dans les villes encore relativement épargnées par les combats.
Les déplacements forcés amplifient le phénomène. Plus d’une dizaine de millions de Soudanais ont quitté leur foyer depuis le début des hostilités, certains se réfugiant au Tchad, en Égypte ou au Soudan du Sud, d’autres s’entassant dans des camps de fortune. Cette mobilité subie prive les ménages de leurs revenus, de leurs réserves et de leurs réseaux de solidarité. Les agences onusiennes soulignent qu’aucune réponse alimentaire durable ne pourra être déployée tant que les routes humanitaires resteront soumises au bon vouloir des belligérants.
Les enfants en première ligne d’une urgence sanitaire
L’UNICEF insiste sur la dimension pédiatrique de la crise. La malnutrition aiguë sévère progresse à un rythme préoccupant chez les moins de cinq ans, en particulier dans les zones assiégées du Darfour, où l’accès aux soins est presque entièrement coupé. Les structures sanitaires fonctionnent au ralenti, faute de personnel, de carburant et de médicaments. Le risque épidémique, notamment lié au choléra et à la rougeole, se combine à la dénutrition pour produire une surmortalité infantile que les organismes humanitaires peinent à mesurer faute d’accès au terrain.
La FAO, pour sa part, alerte sur la prochaine campagne agricole. Si les semis ne peuvent être réalisés dans des conditions minimales de sécurité, le déficit céréalier s’aggravera mécaniquement en 2026. Les stocks de semences, les intrants et le bétail ont déjà été massivement pillés ou détruits. La reconstitution du tissu rural soudanais demanderait des années, même dans l’hypothèse d’un cessez-le-feu rapide.
Une réponse internationale jugée structurellement insuffisante
Le plan de réponse humanitaire pour le Soudan reste, comme les exercices précédents, largement sous-financé. Les bailleurs occidentaux, mobilisés sur d’autres théâtres, peinent à dégager les enveloppes nécessaires. Les couloirs humanitaires négociés au cas par cas avec les parties au conflit demeurent fragiles, et les convois sont régulièrement bloqués, pillés ou pris pour cible. Plusieurs ONG internationales ont dû suspendre leurs opérations dans certaines zones, faute de garanties sécuritaires.
Pour Khartoum comme pour ses voisins, l’enjeu dépasse la seule dimension humanitaire. La déstabilisation du Soudan irrigue les dynamiques migratoires vers la Libye, l’Égypte et la Méditerranée, et fragilise un Tchad déjà sous pression. Les chancelleries africaines, à commencer par celles de l’Union africaine et de l’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD), tentent de relancer un processus politique sans cesse repoussé. Les agences onusiennes appellent à une mobilisation diplomatique de même intensité que la mobilisation logistique, considérant qu’aucune aide alimentaire ne pourra compenser durablement l’absence d’un règlement politique. Selon RFI Afrique, le communiqué conjoint du PAM, de la FAO et de l’UNICEF entend précisément forcer ce sursaut.
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