Mali : le Jnim attaque un camp militaire dans le centre du pays

A row of soldiers in uniform standing with rifles outdoors on a sunny day.Photo : AHMED ABUBAKAR BATURE / Pexels

Le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (Jnim), principale coalition jihadiste sahélienne liée à Al-Qaïda, a lancé le dimanche 9 août une attaque contre un camp militaire des Forces armées maliennes (FAMa) situé dans le centre du Mali. L’opération s’ajoute à une longue série d’assauts revendiqués par la nébuleuse contre les positions de l’armée régulière, illustrant la difficulté persistante des autorités de transition à sécuriser les zones rurales du pays.

Une offensive de plus contre les positions des FAMa

L’attaque a visé une garnison implantée dans une région devenue l’un des principaux foyers d’activité du Jnim. Le centre du Mali, en particulier les zones autour de Mopti et Ségou, concentre depuis plusieurs années les affrontements les plus meurtriers entre les forces gouvernementales et les combattants jihadistes. La coalition dirigée par Iyad Ag Ghali s’y est solidement implantée, exploitant les tensions intercommunautaires et l’affaiblissement des services publics dans les zones rurales.

Le mode opératoire décrit relève d’une tactique éprouvée : assaut coordonné contre un camp militaire, tentative de saisie d’armement et de véhicules, puis repli rapide avant l’arrivée d’éventuels renforts aériens. Cette forme d’action asymétrique, menée par des unités mobiles à moto, s’est imposée comme la signature du Jnim au Sahel central. Les pertes humaines n’ont pas été précisées de source indépendante, les autorités maliennes contrôlant étroitement la communication sur les revers subis par l’armée.

Une pression jihadiste qui redessine la carte sécuritaire

Depuis le retrait de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali (Minusma) fin 2023, puis celui des forces françaises Barkhane, la donne sécuritaire a été profondément remaniée. Bamako s’appuie désormais sur ses propres capacités, renforcées par le concours de l’Africa Corps russe, structure ayant succédé au groupe Wagner après la mort d’Evguéni Prigojine. Cette recomposition n’a pas endigué la progression jihadiste, comme en témoignent les attaques répétées visant les emprises militaires.

Le Jnim, dirigé depuis 2017 par le chef touareg Iyad Ag Ghali, agrège plusieurs katibas issues d’Ansar Dine, du Front de libération du Macina et d’Al-Mourabitoune. Sa capacité à frapper simultanément au Mali, au Burkina Faso et au Niger en fait la principale menace pour les trois États membres de l’Alliance des États du Sahel (AES). Concrètement, l’organisation cherche à isoler les capitales régionales en multipliant les blocus routiers et en imposant sa propre gouvernance dans les zones qu’elle contrôle.

Un test permanent pour la transition malienne

Pour les autorités de transition dirigées par le général Assimi Goïta, la répétition de ces assauts constitue un défi politique autant que militaire. La légitimité du pouvoir en place repose en grande partie sur sa promesse de restaurer la souveraineté sécuritaire du pays. Or, les revers successifs, notamment celui subi à Tinzaouatène en juillet 2024 face à une coalition de rebelles du Cadre stratégique permanent et de combattants du Jnim, alimentent les interrogations sur l’efficacité du dispositif actuel.

Les partenaires régionaux observent la situation avec inquiétude. La Confédération des États du Sahel, formalisée en juillet 2024 entre Bamako, Ouagadougou et Niamey, entendait mutualiser les efforts de lutte antiterroriste. Reste que la coordination opérationnelle demeure limitée, chaque armée nationale faisant face à ses propres urgences. Par ailleurs, l’accès humanitaire se dégrade dans les zones sous emprise jihadiste, où les organisations non gouvernementales peinent à maintenir leurs activités.

La récurrence des attaques contre les camps militaires interroge également la doctrine de défense périmétrique adoptée par les FAMa. Le regroupement des troupes sur quelques emprises fortifiées, censé réduire leur vulnérabilité, transforme ces sites en cibles de choix pour un adversaire capable de concentrer ses moyens sur des objectifs identifiés. À moyen terme, la question du maillage territorial et de la reconquête des zones abandonnées se posera avec une acuité croissante pour les autorités de Bamako. Selon PressAfrik.

Pour aller plus loin

Damas et Moscou scellent le sort des bases russes de Tartous et Hmeimim · Ituri : 13 civils tués et un village incendié par les ADF · Nigeria : Abuja répond à l’insécurité par des polices d’État

Actualité africaine

About the Author

Fatoumata Sow
Analyste géopolitique, Fatoumata Sow est experte des dynamiques sécuritaires au Sahel et dans la Corne de l'Afrique. Elle a travaillé plusieurs années comme chercheuse dans des think tanks panafricains avant de rejoindre la presse. Ses analyses croisent les dimensions militaire, humanitaire et diplomatique des conflits régionaux.

Be the first to comment on "Mali : le Jnim attaque un camp militaire dans le centre du pays"

Laisser un commentaire