Damas et Moscou scellent le sort des bases russes de Tartous et Hmeimim

Side view of the historic cruiser Aurora docked in Saint Petersburg, Russia.Photo : Михаил Крамор / Pexels

Les autorités syriennes et russes ont tranché le sort des deux bases militaires russes installées sur le littoral syrien, la façade navale de Tartous et la plate-forme aérienne de Hmeimim, selon des informations diffusées par le quotidien libanais Al Akhbar. Ce compromis, discuté depuis la chute du régime de Bachar al-Assad en décembre 2024, engage à la fois la posture militaire de Moscou en Méditerranée et la marge de manœuvre diplomatique du nouveau pouvoir à Damas. Il constitue l’un des dossiers les plus scrutés par les capitales occidentales, arabes et turques.

La base navale de Tartous, unique point d’appui maritime russe hors de l’espace ex-soviétique, et l’aérodrome de Hmeimim, dans la province de Lattaquié, sont au cœur de l’architecture de projection de puissance russe vers le Levant, l’Afrique du Nord et le Sahel. Leur avenir engage donc bien au-delà de la relation bilatérale.

Un compromis négocié après la transition syrienne

Depuis la prise de pouvoir des nouvelles autorités syriennes issues de la coalition menée par Hayat Tahrir al-Sham, plusieurs allers-retours diplomatiques ont eu lieu entre Damas et Moscou. Le Kremlin, qui avait massivement soutenu militairement Bachar al-Assad à partir de 2015, cherchait à préserver son ancrage physique sur la côte syrienne malgré le renversement de son allié historique. Damas, de son côté, entend renégocier l’ensemble des accords stratégiques signés sous l’ancien régime, tout en évitant une rupture frontale avec un membre permanent du Conseil de sécurité.

Selon les éléments rapportés, l’entente porte à la fois sur les conditions de présence, la durée d’exploitation et le régime juridique applicable aux deux emprises. Les accords initiaux, notamment celui de 2017 qui prolongeait pour 49 ans le bail de Tartous, servaient de référence aux discussions. Le nouveau pouvoir syrien avait laissé entendre, dès le début de l’année, qu’aucun accord conclu par l’ancien régime ne serait considéré comme intangible.

Tartous et Hmeimim, verrous russes en Méditerranée

Tartous n’est pas une simple facilité logistique. C’est le seul port en eau chaude accessible en permanence à la marine russe, indispensable au déploiement de ses bâtiments en Méditerranée et à la rotation de ses forces vers la mer Rouge et l’océan Indien. Hmeimim, pour sa part, sert de plaque tournante aérienne vers la Libye, la République centrafricaine, le Mali et le Soudan, où opèrent des supplétifs liés à Moscou. La perte simultanée des deux sites aurait contraint la Russie à repenser l’ensemble de sa logistique africaine.

Concrètement, un maintien encadré des deux bases permettrait au Kremlin de conserver un pied stratégique tout en acceptant un cadre juridique révisé, potentiellement plus contraignant. Pour Damas, le calcul est double. D’un côté, préserver un canal ouvert avec Moscou, utile à la levée graduelle des sanctions et à la restitution d’avoirs syriens détenus en Russie. De l’autre, monnayer cette présence contre des contreparties économiques, militaires ou diplomatiques tangibles.

Une équation régionale sous tension

L’accord intervient dans un environnement régional saturé. Ankara, qui a renforcé son empreinte dans le nord syrien, observe avec attention la recomposition des équilibres sur la côte alaouite. Israël, qui a multiplié les frappes contre des positions militaires en Syrie depuis décembre 2024, a exprimé à plusieurs reprises son opposition au maintien d’infrastructures militaires étrangères jugées menaçantes. Les États du Golfe, engagés dans le financement de la reconstruction, plaident pour une souveraineté syrienne restaurée mais ne souhaitent pas voir Damas basculer intégralement dans un camp.

Les Européens et Washington suivent le dossier avec prudence. Toute prolongation de la présence russe sur le littoral syrien pèsera sur les débats relatifs à la normalisation des relations avec Damas, aux garanties sécuritaires et au calendrier de levée des sanctions. Reste que le nouveau pouvoir syrien affiche une doctrine pragmatique, refusant l’alignement automatique et cherchant à diversifier ses partenariats.

Le règlement du dossier des bases constitue, à ce titre, un test grandeur nature de la capacité de Damas à négocier avec une puissance qui a bombardé son territoire pendant près d’une décennie. Il indique aussi que Moscou, malgré l’affaiblissement de son dispositif syrien, conserve suffisamment de leviers pour arracher un compromis. Selon Al Akhbar, les termes précis de l’entente seront progressivement rendus publics dans les prochaines semaines.

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About the Author

Fatoumata Sow
Analyste géopolitique, Fatoumata Sow est experte des dynamiques sécuritaires au Sahel et dans la Corne de l'Afrique. Elle a travaillé plusieurs années comme chercheuse dans des think tanks panafricains avant de rejoindre la presse. Ses analyses croisent les dimensions militaire, humanitaire et diplomatique des conflits régionaux.

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