Iboga : BOTF alerte Libreville face à la ruée sur l’ibogaïne

Close-up of dried white musli roots arranged on cloth, showcasing traditional herbal medicine.Photo : Beyond faces / Pexels

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L’iboga, arbuste sacré des forêts gabonaises, n’est plus seulement un objet de rite. Sa molécule phare, l’ibogaïne, attire désormais des centaines de millions de dollars de capitaux américains et suscite une cascade de demandes de brevets. C’est sur ce basculement que l’ONG Blessings of the Forest (BOTF) tire la sonnette d’alarme, redoutant pour le Gabon une perte de souveraineté sur une ressource pourtant inscrite au patrimoine culturel national depuis 2000.

Une plante sacrée happée par la pharmacie mondiale

Tabernanthe iboga pousse à l’état endémique dans le bassin forestier d’Afrique centrale, principalement au Gabon et dans une moindre mesure au Cameroun et en République du Congo. Sa racine, consommée dans les cérémonies bwiti, contient un alcaloïde, l’ibogaïne, dont les propriétés anti-addictives intéressent désormais l’industrie pharmaceutique américaine. Des essais cliniques sont conduits aux États-Unis sur des vétérans souffrant de traumatismes crâniens et de dépendance aux opioïdes, avec des résultats jugés prometteurs par plusieurs équipes universitaires.

L’État du Kentucky a envisagé d’allouer une part du règlement national sur les opioïdes au financement de la recherche sur l’ibogaïne. Le Texas a engagé des fonds publics dans la même direction. Des start-up spécialisées lèvent des capitaux importants pour développer des dérivés synthétiques, à l’image de molécules retravaillées en laboratoire afin de contourner les effets cardiaques de l’alcaloïde naturel. Ce mouvement de fond redessine la chaîne de valeur d’une plante longtemps ignorée des grandes firmes.

Le risque d’une dépossession par les brevets

BOTF pointe une réalité juridique implacable. Les brevets déposés à l’étranger portent rarement sur la plante elle-même, mais sur des procédés d’extraction, des dosages, des formulations ou des analogues synthétiques. Cette ingénierie de propriété intellectuelle permet à des opérateurs étrangers de capter l’essentiel de la valeur économique sans jamais reverser de royalties au pays d’origine de la ressource. Le Gabon, principal détenteur du gisement naturel, se retrouverait dans la position d’un simple fournisseur de matière première, voire écarté du marché par des filières synthétiques.

L’ONG rappelle que le Protocole de Nagoya, ratifié par Libreville en 2011, oblige théoriquement à un partage juste des avantages tirés de l’exploitation des ressources génétiques. Mais l’application concrète du texte reste fragile en l’absence d’un cadre national robuste, d’un registre des savoirs traditionnels et d’une capacité de négociation outillée face à des laboratoires aguerris. La fenêtre stratégique, estime BOTF, se referme rapidement.

Quelle stratégie pour Libreville

Plusieurs leviers sont identifiables. Le premier consiste à documenter et codifier les savoirs des communautés bwiti afin de constituer un antériorité opposable aux dépôts de brevets jugés abusifs. Le deuxième passe par la structuration d’une filière nationale, depuis la culture contrôlée jusqu’à la transformation, qui éviterait la dépendance à la récolte sauvage et au commerce informel. Plusieurs ONG documentent déjà une pression accrue sur les peuplements naturels, alimentée par une demande internationale en forte croissance.

Le troisième levier relève de la diplomatie économique. Le Gabon pourrait négocier des accords bilatéraux avec les pays où la recherche sur l’ibogaïne progresse, afin d’imposer un partage des bénéfices et un transfert partiel de technologie. La création d’un consortium scientifique national, adossé au Centre national de la recherche scientifique et technologique (CENAREST), permettrait par ailleurs d’accélérer la production de données cliniques locales et de positionner Libreville comme acteur de la recherche, et non seulement détenteur de la plante.

Reste la question du temps politique. La transition gabonaise affiche depuis 2023 une volonté de réindustrialisation et de valorisation locale des ressources, du manganèse au bois. L’iboga pourrait constituer un test grandeur nature de cette ambition appliquée à la biodiversité. À défaut d’une réponse rapide, l’expérience des plantes médicinales africaines déjà brevetées à l’étranger, du rooibos au hoodia, suggère que la rente échappera durablement au pays d’origine. Selon Gabon Review, BOTF appelle les autorités à agir avant que la fenêtre stratégique ne se referme.

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About the Author

Awa Ngoma
Journaliste industrielle, Awa Ngoma couvre les filières manufacturières, la logistique portuaire et les grands projets d'infrastructures en Afrique centrale et de l'Ouest. Ingénieure de formation, elle analyse les chaînes de valeur locales, les implantations d'unités de production et les contrats de concession routière, ferroviaire et portuaire.

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