RDC et Ouganda signent six accords lors de la visite à Kampala

A vibrant and busy street in Kampala, Uganda, showcasing daily life and local transportation.Photo : Wings Panic / Pexels

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La présence de Félix Tshisekedi à Kampala dépasse le simple protocole. Le chef de l’État congolais y a tenu un tête-à-tête d’une heure avec Yoweri Museveni, mobilisé dix-sept ministres de son gouvernement et clôturé la neuvième session de la commission permanente mixte entre la République démocratique du Congo (RDC) et l’Ouganda. Au terme de ces échanges, six mémorandums d’entente ont été paraphés au State House, témoignant d’une volonté commune de structurer une relation bilatérale longtemps minée par la méfiance.

Une coopération bilatérale réactivée entre Kinshasa et Kampala

L’épaisseur du dispositif déployé par Kinshasa traduit l’importance accordée à ce déplacement. La RDC et l’Ouganda partagent une frontière de plus de 870 kilomètres et un passif lourd, hérité notamment des guerres du Congo et plus récemment des opérations conjointes menées contre les Forces démocratiques alliées (ADF) dans l’est congolais. Depuis 2021, l’opération Shujaa associe les armées des deux pays sur le sol congolais, une coopération militaire inédite dont le renouvellement périodique alimente les débats à Kinshasa comme à Kampala.

La séquence de cette semaine s’inscrit dans le prolongement de cette coopération sécuritaire, mais cherche manifestement à l’élargir au champ économique. Les six mémorandums signés couvrent un spectre large d’engagements bilatéraux, désormais soumis à la mise en œuvre opérationnelle des administrations concernées. L’investiture de Museveni, réélu pour un nouveau mandat, offrait à Tshisekedi une fenêtre politique pour consolider ce partenariat au plus haut niveau.

Les enjeux stratégiques d’un axe RDC-Ouganda

L’agenda économique constitue l’autre versant de cette visite. L’Ouganda figure parmi les principaux partenaires commerciaux de l’est de la RDC, en particulier pour les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri, dont l’approvisionnement transite massivement par Kampala. Les infrastructures routières financées ces dernières années dans cette zone illustrent la convergence d’intérêts entre les deux capitales, soucieuses de désenclaver une région riche en ressources mais durablement déstabilisée.

Le déplacement de Tshisekedi intervient par ailleurs dans un contexte régional particulièrement sensible. L’offensive du Mouvement du 23 mars (M23) dans l’est congolais a redessiné la carte des alliances dans les Grands Lacs, plaçant Kinshasa dans une posture de recherche active de partenaires fiables. Si les relations entre la RDC et le Rwanda demeurent fortement dégradées, l’Ouganda apparaît comme un interlocuteur incontournable, malgré les soupçons récurrents sur son rôle ambigu dans certaines crises antérieures.

Diplomatie économique et équilibres régionaux

Pour Kinshasa, la diversification des partenariats régionaux répond à un impératif stratégique. La RDC, intégrée à la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC) depuis 2022, cherche à valoriser son ancrage oriental tout en préservant ses liens avec la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC). L’Ouganda, membre fondateur de l’EAC, constitue à ce titre un pivot diplomatique et logistique, dont les ports lacustres et les corridors routiers irriguent directement l’économie congolaise orientale.

La mobilisation d’un contingent ministériel aussi étoffé — dix-sept portefeuilles représentés — signale que la délégation congolaise est venue négocier sur le fond plutôt que célébrer une amitié formelle. Reste désormais à mesurer la portée concrète des six mémorandums, dont le contenu détaillé devra être décliné en projets opérationnels par les administrations concernées. Le passé bilatéral regorge d’accords signés en grande pompe puis enlisés dans les méandres administratifs.

Dans le même temps, la cérémonie d’investiture de Museveni offrait à plusieurs chefs d’État africains une occasion rare de coordination informelle. Le président ougandais, au pouvoir depuis 1986, demeure une figure pivot des équilibres régionaux, dont la longévité contraste avec la volatilité politique de plusieurs de ses voisins. Pour Tshisekedi, engagé dans un second mandat marqué par la crise sécuritaire à l’est, la consolidation de cet axe avec Kampala apparaît comme un investissement diplomatique nécessaire.

Selon RFI Afrique, le déplacement présidentiel à Kampala n’avait rien d’une visite de courtoisie.

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Kouadio N'Guessan
Correspondant diplomatique, Kouadio N'Guessan suit les sommets africains, les négociations multilatérales et les relations bilatérales entre États du continent. Ancien attaché de presse dans une mission diplomatique, il apporte une connaissance fine des coulisses institutionnelles de la CEDEAO, de l'Union africaine et des partenariats Sud-Sud.

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