Les Russes seraient en passe de plier bagage au Mali. C’est la thèse défendue par le député centriste Bruno Fuchs, président de la commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale française, qui pronostique également la chute de la junte au pouvoir à Bamako dans un horizon de quelques semaines à quelques mois. Une affirmation forte, à rebours du narratif dominant qui décrivait jusqu’ici une emprise russe consolidée au Sahel depuis le départ contraint de Barkhane en 2022.
L’élu s’exprimait au retour du sommet Afrique-France organisé à Nairobi, qu’il a accompagné aux côtés du chef de l’État Emmanuel Macron. Le déplacement kényan, qui marque un glissement assumé du tropisme français vers l’Afrique anglophone et de l’Est, s’est doublé d’un exercice d’évaluation de la concurrence stratégique exercée par Moscou sur le continent. Bruno Fuchs en tire une comparaison serrée entre les leviers de Paris et ceux du Kremlin.
Une lecture française du recul russe au Sahel
Le diagnostic du député repose sur l’idée que le modèle russe au Sahel a touché ses limites. Présents au Mali via les structures héritières du groupe Wagner, rebaptisées Africa Corps après la mort d’Evgueni Prigojine, les hommes de Moscou auraient échoué à endiguer durablement la pression jihadiste sur le territoire malien. Les revers militaires essuyés, notamment dans le nord du pays face aux groupes armés touaregs et aux combattants affiliés à Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI), nourrissent cette lecture d’un essoufflement.
Selon Bruno Fuchs, ce repli supposé s’accompagnerait d’une fragilisation politique de la junte dirigée par le général Assimi Goïta, dont le pouvoir repose en partie sur la promesse d’une reconquête sécuritaire que les supplétifs russes ne parviennent pas à livrer. L’argument, s’il se vérifie, signerait un basculement majeur dans la recomposition sécuritaire ouest-africaine, alors que l’Alliance des États du Sahel (AES) — qui réunit Bamako, Ouagadougou et Niamey — s’est structurée autour d’un alignement explicite sur Moscou et d’une rupture avec la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao).
Madagascar, prochain théâtre de friction
Le parlementaire pousse son analyse au-delà du Sahel et désigne Madagascar comme le prochain terrain de confrontation entre intérêts français et russes. La Grande Île, où Moscou cultive depuis plusieurs années des relais politiques et économiques, demeure un point d’ancrage francophone d’importance pour Paris, qui y conserve des intérêts économiques substantiels et une diaspora dense. Le pronostic d’un duel à venir traduit l’extension d’une rivalité qui ne se limite plus aux pays de la bande sahélo-saharienne.
Concrètement, la stratégie russe à Madagascar s’est appuyée sur des opérations d’influence pendant les cycles électoraux, des contrats miniers et une diplomatie publique offensive. Face à cela, Paris mise sur ses leviers traditionnels : aide au développement, coopération universitaire, réseau d’entreprises implantées et liens institutionnels avec la francophonie. Le sommet de Nairobi a précisément vocation à actualiser cette boîte à outils, jugée datée par une partie de la classe politique africaine.
Une analyse comparée des atouts respectifs
Pour Bruno Fuchs, la France conserverait un avantage structurel sur la profondeur, là où la Russie excellerait dans la rapidité et la brutalité de ses interventions. Moscou propose des prestations sécuritaires clés en main, sans conditionnalité démocratique, et accompagne ses partenaires par une communication agressive sur les réseaux sociaux. Paris, en revanche, met en avant son maillage économique, sa capacité à mobiliser des financements multilatéraux et une présence éducative et culturelle de longue date.
Reste que ce raisonnement n’efface pas le rejet manifeste de la présence française par une part significative des opinions publiques sahéliennes, dont la junte malienne s’est faite la porte-parole. Le pari énoncé par le député — un effondrement rapide du pouvoir de Bamako — engage donc autant son diagnostic militaire que sa lecture sociologique des sociétés concernées. Aucune des autorités maliennes ou russes n’a réagi publiquement à ces déclarations.
Pour aller plus loin
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