Le rapatriement des Ghanéens vivant en Afrique du Sud et redoutant les violences xénophobes a été repoussé. Annoncée par les autorités d’Accra pour mettre à l’abri les ressortissants se sentant menacés, l’opération bute sur des difficultés logistiques et diplomatiques. La décision intervient au moment où le pays de Nelson Mandela enregistre une nouvelle vague d’agressions ciblant des étrangers africains, principalement issus du continent ouest-africain.
Le gouvernement ghanéen avait promis, ces dernières semaines, d’organiser un pont aérien pour évacuer ceux de ses ressortissants qui souhaiteraient quitter le territoire sud-africain. Mais le calendrier initial n’a pas pu être tenu. Les modalités précises de l’opération, son financement et la coordination avec les autorités sud-africaines restent à finaliser. Plusieurs centaines de candidats au retour seraient concernés, selon les premiers recensements effectués par la diplomatie ghanéenne.
Une saisine de l’Union africaine pour internationaliser le dossier
Au-delà de la gestion d’urgence, Accra a choisi de porter le dossier devant l’Union africaine (UA). Le Ghana entend alerter l’organisation panafricaine sur la persistance des violences à caractère xénophobe en Afrique du Sud, qui frappent régulièrement les communautés migrantes du continent. La démarche vise à obtenir une réponse coordonnée, dépassant le strict cadre bilatéral entre Accra et Pretoria.
Cette saisine illustre la difficulté pour les capitales africaines d’obtenir des garanties durables auprès de Pretoria. Depuis les épisodes meurtriers de 2008, puis de 2015 et de 2019, les violences contre les ressortissants étrangers se répètent par cycles. Les commerçants nigérians, somaliens, éthiopiens, mozambicains et zimbabwéens figurent traditionnellement parmi les cibles privilégiées des émeutiers, dans un contexte de chômage massif et de tensions sociales aiguës en Afrique du Sud.
Pour le Ghana, la démarche est aussi politique. En portant l’affaire devant l’UA, Accra cherche à transformer un dossier consulaire en sujet continental, susceptible de peser sur l’agenda diplomatique de Pretoria. Le Nigeria avait adopté une posture comparable lors des crises précédentes, rappelant ses ressortissants et exigeant des engagements fermes de la part des autorités sud-africaines.
Pretoria sous pression face aux mouvements anti-migrants
En Afrique du Sud, la montée des discours hostiles aux étrangers alimente les inquiétudes. Le mouvement Operation Dudula, particulièrement actif dans les townships de Johannesburg et de Pretoria, multiplie les actions visant à chasser les migrants africains des marchés informels et des quartiers populaires. Les autorités sud-africaines oscillent entre condamnations officielles et inflexion sécuritaire de leur politique migratoire, ce qui complique le dialogue avec les pays d’origine des migrants.
Le gouvernement de Cyril Ramaphosa rappelle régulièrement son attachement à la Charte africaine et aux principes panafricains hérités de la lutte anti-apartheid. Reste que la traduction concrète de ces engagements sur le terrain peine à convaincre. Les administrations locales, dans plusieurs provinces, ont durci les contrôles visant les commerces tenus par des étrangers, contribuant à entretenir un climat de stigmatisation.
Un enjeu de souveraineté consulaire pour Accra
Pour les autorités ghanéennes, la capacité à protéger leurs ressortissants à l’étranger constitue un test politique sensible. L’opinion publique nationale, attentive au sort de la diaspora, attend des actes concrets. Le report de l’opération de rapatriement, même justifié par des contraintes techniques, expose le gouvernement à des critiques internes. La diaspora ghanéenne installée en Afrique du Sud est estimée à plusieurs dizaines de milliers de personnes, principalement employées dans le commerce, l’artisanat et les services.
Sur le plan régional, la séquence rappelle la fragilité du projet de libre circulation au sein du continent. Le protocole de l’UA relatif à la libre circulation des personnes, adopté en 2018, n’a été ratifié que par une poignée d’États, dont ne fait toujours pas partie l’Afrique du Sud. Tant que ces engagements ne seront pas concrétisés, les crises xénophobes risquent de continuer à fragiliser les relations entre Pretoria et ses partenaires africains.
Le ministère ghanéen des Affaires étrangères n’a pas communiqué de nouveau calendrier ferme pour l’évacuation. Les ressortissants désireux de rentrer sont invités à se rapprocher des représentations diplomatiques. Selon PressAfrik, la procédure devrait reprendre dans les prochains jours, une fois les modalités opérationnelles arrêtées avec les autorités sud-africaines.
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