Marchés publics au Cameroun : le ministre sanctionne les fuites

A vibrant aerial view of the 'Love My Country Cameroon' monument in Yaoundé, showcasing urban traffic and cityscape.Photo : K / Pexels

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Le ministre camerounais des Marchés publics, Ibrahim Talba Malla, a haussé le ton contre la divulgation d’informations confidentielles au sein de son administration. Dans une circulaire récente, le patron du Minmap rappelle aux agents et aux membres des commissions de passation que le respect du secret professionnel constitue une obligation cardinale dans la gestion de la commande publique au Cameroun. Le message, ferme, vise à enrayer une dérive qui fragilise l’intégrité des procédures et expose l’État à des contentieux multiples.

Un rappel à l’ordre sur la confidentialité de la commande publique

La sortie ministérielle intervient dans un contexte où les soupçons de fuites se multiplient autour des dossiers d’appels d’offres. Données techniques, montants prévisionnels, identités des soumissionnaires, rapports d’analyse : autant d’éléments sensibles qui, lorsqu’ils circulent hors du circuit officiel, faussent la concurrence et compromettent l’égalité de traitement entre candidats. Le Minmap, qui pilote chaque année des milliers de procédures à travers le territoire, considère ces dérives comme une atteinte directe à la transparence prônée par les pouvoirs publics.

Le texte signé par Ibrahim Talba Malla rappelle le cadre juridique en vigueur. Le code des marchés publics camerounais, refondu en 2018, impose aux agents publics une stricte obligation de réserve. Toute violation peut entraîner des sanctions administratives, voire des poursuites pénales en cas de préjudice avéré pour l’État ou pour un opérateur économique. Le ministre entend désormais activer pleinement cet arsenal, là où les manquements étaient parfois traités avec indulgence.

Des enjeux financiers et économiques considérables

La commande publique pèse lourd dans l’économie camerounaise. Elle représente une part substantielle des dépenses d’investissement de l’État, irriguant les secteurs des infrastructures, de la santé, de l’éducation et de la défense. Sa crédibilité auprès des bailleurs internationaux, à l’image de la Banque mondiale et de la Banque africaine de développement, dépend largement de la régularité des procédures. Toute suspicion de favoritisme ou de manipulation interne se traduit par un renchérissement du coût du capital et une défiance accrue des partenaires techniques et financiers.

Les fuites visées par le ministre prennent des formes variées. Certaines concernent la communication anticipée de cahiers des charges à des entreprises proches de décideurs. D’autres portent sur la diffusion prématurée de procès-verbaux d’ouverture des plis, voire sur la transmission directe d’offres concurrentes à des soumissionnaires privilégiés. Dans tous les cas, le résultat est identique : la concurrence est biaisée, les prix s’envolent et la qualité des prestations s’effrite.

Pour les opérateurs économiques nationaux, en particulier les petites et moyennes entreprises, ces pratiques constituent une barrière à l’entrée. Privées de réseaux d’initiés, elles peinent à rivaliser avec des concurrents informés en amont des paramètres décisifs. Le rappel à l’ordre du Minmap est donc aussi perçu comme un signal en faveur d’un assainissement du tissu économique local.

Une réforme de gouvernance scrutée par les bailleurs

L’initiative s’inscrit dans une dynamique plus large de modernisation de la commande publique camerounaise. La dématérialisation progressive des procédures, via la plateforme COLEPS, vise précisément à réduire les interactions humaines susceptibles de générer des fuites. Mais l’outil technique ne suffit pas. Sans une discipline interne effective et des sanctions exemplaires, la digitalisation risque de reproduire en ligne les travers observés hors ligne.

Reste à mesurer la portée concrète de l’avertissement ministériel. Les observateurs du secteur attendent désormais des sanctions visibles, susceptibles de produire un effet dissuasif durable. Plusieurs dossiers d’attribution récents, contestés par des soumissionnaires évincés, pourraient servir de cas d’école. La capacité du Minmap à transformer la circulaire en actes administratifs concrets déterminera sa crédibilité auprès des entreprises comme des partenaires extérieurs.

Au-delà du Cameroun, le sujet résonne dans plusieurs capitales d’Afrique centrale, où la gouvernance des marchés publics demeure un chantier sensible. La trajectoire choisie par Yaoundé sera observée à Libreville, Brazzaville et Bangui, autant de places où la confidentialité des procédures reste un défi récurrent. Selon Journal du Cameroun, le ministre entend mener cette reprise en main jusqu’à son terme.

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About the Author

Serge Kaboré
Journaliste politique, Serge Kaboré suit les trajectoires électorales et la gouvernance publique dans l'espace francophone ouest-africain. Ses analyses portent sur les alternances démocratiques, la réforme de l'État, les transitions militaires et les politiques publiques structurantes dans les domaines de l'éducation et de la santé.

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