CEMAC : la COSUMAF et la Banque de France s’allient sur l’éducation financière

Street view in Brasilia featuring the Central Bank of Brazil under a vibrant sky.Photo : Matheus Natan / Pexels

L’éducation financière en zone CEMAC franchit une étape institutionnelle. La Commission de surveillance du marché financier de l’Afrique centrale (COSUMAF), régulateur du marché financier sous-régional, et la Banque de France ont scellé un partenariat technique pour structurer l’apprentissage des notions financières dans les six États membres de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale. L’accord traduit la volonté du régulateur centrafricain de capitaliser sur l’expertise française en matière de pédagogie financière auprès du grand public.

Un transfert d’expertise au service du marché financier sous-régional

Le dispositif se nourrit de l’expérience accumulée par la Banque de France à travers sa stratégie nationale d’éducation économique, budgétaire et financière. Depuis plusieurs années, l’institution monétaire française pilote en effet des programmes destinés aux scolaires, aux entrepreneurs et aux ménages vulnérables. La COSUMAF entend transposer cette ingénierie pédagogique aux réalités du Cameroun, du Gabon, du Congo, du Tchad, de la Guinée équatoriale et de la République centrafricaine, où la pénétration des produits financiers demeure faible.

Le partenariat porte sur la formation de formateurs, l’échange de méthodologies et le développement de contenus adaptés aux publics ciblés. Pour le régulateur basé à Libreville, l’enjeu dépasse la simple sensibilisation. Il s’agit d’élargir la base d’investisseurs particuliers de la Bourse des valeurs mobilières d’Afrique centrale (BVMAC), unifiée en 2019 après la fusion des deux places concurrentes de la sous-région. Sans épargnants informés, aucun marché secondaire ne peut prospérer durablement.

Une réponse à la faiblesse structurelle de l’inclusion financière

Les indicateurs d’inclusion financière de la zone CEMAC restent en retrait par rapport à ceux de l’Afrique de l’Ouest, où le mobile money et la Bourse régionale des valeurs mobilières d’Abidjan ont accéléré la bancarisation. En Afrique centrale, l’essentiel de l’épargne demeure thésaurisée hors du circuit formel, ce qui prive les entreprises et les États d’une ressource longue indispensable au financement des infrastructures. Le déficit de culture financière y est régulièrement identifié comme un frein majeur par la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) et les bailleurs internationaux.

Le rapprochement avec Paris s’inscrit dans une dynamique plus large de modernisation du marché financier régional. La COSUMAF a multiplié ces derniers mois les initiatives pour attirer émetteurs et investisseurs, en simplifiant les procédures d’introduction et en encourageant les émissions souveraines. Les eurobonds successifs émis par le Gabon ou le Cameroun ont par ailleurs démontré l’appétit des marchés internationaux pour les signatures de la sous-région, sans toutefois résoudre la question du financement domestique en monnaie locale.

La diplomatie monétaire française à l’œuvre

Pour la Banque de France, ce partenariat prolonge une coopération de longue date avec les institutions monétaires africaines liées au franc CFA. La gouverneure adjointe et les équipes de la direction des particuliers entretiennent un dialogue régulier avec leurs homologues d’Afrique centrale et de l’Ouest. Au-delà du contenu technique, l’accord traduit la volonté de Paris de maintenir une présence d’influence dans l’écosystème financier de la zone franc, à l’heure où les remises en cause politiques du dispositif se multiplient.

L’éducation financière apparaît comme un terrain consensuel, éloigné des polémiques sur la souveraineté monétaire. Elle permet à la France de valoriser un savoir-faire technique tout en répondant à une demande exprimée par les régulateurs locaux. Reste à mesurer l’impact concret du dispositif sur le terrain. Les expériences passées dans d’autres pays africains montrent que les programmes d’éducation financière produisent des résultats tangibles à condition d’être intégrés aux cursus scolaires et relayés par les opérateurs de microfinance et de mobile banking.

Concrètement, la COSUMAF devra articuler ce partenariat avec les politiques nationales d’inclusion portées par les ministères des Finances de la zone et par la BEAC. La capacité du régulateur à fédérer ces acteurs autour d’une feuille de route commune conditionnera la réussite de l’initiative. Selon Journal du Cameroun, l’accord a été formalisé entre les deux institutions dans le cadre de leur coopération bilatérale.

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Aïcha Diallo
Journaliste financière, Aïcha Diallo couvre les marchés de capitaux ouest-africains, le secteur bancaire et le paiement mobile. Diplômée en finance d'une grande école de commerce, elle a travaillé dans l'analyse économique avant de se consacrer au journalisme. Elle décrypte les stratégies des groupes bancaires panafricains et les décisions des régulateurs régionaux.

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