La signature intervenue à Nouakchott entre les autorités mauritaniennes et ACWA Power ouvre un nouveau chapitre énergétique pour le pays. Le futur équipement, d’une capacité installée de 230 MW, sera le premier à convertir en électricité les ressources gazières que la Mauritanie exploite depuis le démarrage du champ offshore Grand Tortue Ahmeyim (GTA), partagé avec le Sénégal. Le projet vient combler un déficit structurel d’offre et diversifier un parc encore largement dépendant du fioul et des importations.
La cérémonie s’est tenue en présence de Mohamed Ould Khaled, ministre de l’Énergie et du Pétrole, d’Abdoulahi Ould Souleymane, ministre de l’Économie et du Développement, ainsi que du ministre des Finances. Côté saoudien, Seyid Mouhamed Abou Neiyan, président du conseil d’administration d’ACWA Power, et le président du Fonds saoudien pour le développement ont paraphé les accords. Ce format quadripartite illustre l’imbrication croissante entre financement souverain du Golfe et développement d’infrastructures africaines.
Un jalon industriel pour la souveraineté énergétique mauritanienne
La centrale de 230 MW représente une inflexion notable pour un pays dont la puissance installée demeure modeste au regard de ses ambitions minières et industrielles. Nouakchott entend appuyer sur cet équipement pour sécuriser l’alimentation de ses grands consommateurs, à commencer par le secteur extractif, et pour élargir l’accès à l’électricité des ménages. La bascule vers le gaz naturel doit également permettre de réduire la facture des importations d’hydrocarbures raffinés, qui pèse lourdement sur les équilibres budgétaires.
La valorisation domestique du gaz constitue une revendication ancienne des autorités. Depuis l’entrée en production de GTA, l’exécutif martèle sa volonté de réserver une part de la ressource au marché intérieur, plutôt que de la destiner exclusivement à l’exportation sous forme de gaz naturel liquéfié. La future centrale s’inscrit dans cette logique de « gas-to-power », déjà éprouvée par plusieurs producteurs africains, du Mozambique au Nigeria.
ACWA Power, tête de pont saoudienne sur le continent
Pour le développeur de Riyad, ce contrat renforce une empreinte africaine déjà solide, du Maroc à l’Égypte en passant par l’Afrique du Sud et le Sénégal. ACWA Power s’est imposée comme un acteur incontournable des projets d’infrastructure énergétique, capable d’agréger financement, ingénierie et exploitation sur des durées longues. Sa présence en Mauritanie s’articule avec l’activisme diplomatique et économique du royaume saoudien en Afrique de l’Ouest, où Riyad multiplie les prises de participation dans les secteurs stratégiques.
Le rôle du Fonds saoudien pour le développement confirme cette orientation. L’institution, historiquement présente en Mauritanie via des prêts concessionnels destinés aux infrastructures, apporte une garantie financière qui rassure les partenaires techniques et facilite le bouclage. Ce montage combine capitaux publics saoudiens et savoir-faire d’un développeur privé coté à Riyad, un schéma désormais familier des grands projets énergétiques du continent.
Un signal pour les investisseurs et le mix énergétique régional
L’opération envoie un message aux bailleurs et investisseurs privés : la Mauritanie entend accélérer le déploiement de capacités thermiques modernes, complémentaires aux importants gisements solaires et éoliens déjà valorisés dans le pays. Nouakchott figure parmi les rares États du Sahel à disposer d’un mix électrique fortement pénétré par les renouvelables, mais l’intermittence de ces sources plaide pour une base thermique flexible. Le gaz, moins émetteur que le fioul, offre cette flexibilité tout en préservant la trajectoire climatique affichée par les autorités.
À l’échelle régionale, cette centrale pourrait à terme s’intégrer au Système d’échanges d’énergie électrique ouest-africain (EEEOO), dont la Mauritanie est membre associé. Une capacité additionnelle de 230 MW n’est pas anodine pour un marché sous-régional confronté à une demande en forte croissance et à des tensions récurrentes sur l’offre. Reste à préciser le calendrier de mise en service, le tarif d’achat de l’électricité et l’architecture contractuelle liant la Société mauritanienne d’électricité (Somelec) au producteur indépendant.
Concrètement, les prochaines étapes porteront sur la clôture financière, la sélection des équipementiers et la préparation du site. Pour ACWA Power comme pour Nouakchott, l’enjeu sera de tenir des délais compatibles avec la montée en puissance du champ GTA et les besoins immédiats du réseau. Selon Financial Afrik.
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