La hausse spectaculaire du coût d’importation du gasoil au Cameroun replace la question énergétique au centre des préoccupations économiques du pays. Selon la note mensuelle de l’Institut national de la statistique (INS) sur l’évolution des prix à la consommation en mai 2026, le litre importé est passé de 489,72 FCFA en février à 786,93 FCFA en mai, soit un bond de 60,7 %. Sur la même période, le super a progressé de 33,6 %, grimpant de 422,71 à 564,56 FCFA le litre. Ces données, adossées aux relevés de la Caisse de stabilisation des prix des hydrocarbures (CSPH), traduisent une dégradation rapide des conditions d’approvisionnement énergétique.
Le contexte international pèse lourdement. L’INS impute cette envolée à la remontée des cotations internationales des produits raffinés, à l’alourdissement des coûts de fret maritime et aux primes de risque associées aux tensions dans le Golfe persique. Le Cameroun est d’autant plus vulnérable qu’il dépend quasi exclusivement du marché mondial depuis l’incendie survenu en mai 2019 sur les installations de la Société nationale de raffinage (Sonara), unique raffinerie du pays.
Le gasoil, nerf de l’appareil productif camerounais
Si le super concerne majoritairement les particuliers, le gasoil irrigue l’économie réelle. Transport routier, agriculture mécanisée, groupes électrogènes de secours, chantiers publics et industries de transformation en dépendent au quotidien. L’INS le qualifie sans détour de principal facteur de vulnérabilité de l’économie nationale. En quelques semaines, les cotations internationales du produit ont progressé de près de 89 %, laissant peu de marge d’ajustement aux opérateurs privés.
La transmission à la formation des prix intérieurs est le scénario redouté. Le renchérissement du fret terrestre menace en premier lieu les filières alimentaires, dont l’acheminement vers Douala, Yaoundé et les grandes villes secondaires suppose de longues distances. Les industriels, confrontés à une facture énergétique alourdie, pourraient répercuter ces charges sur leurs prix de sortie d’usine. Pour l’heure, l’inflation demeure sous contrôle : les prix à la consommation ont progressé de 0,9 % en mai 2026 par rapport à avril, avec un glissement annuel de 2,7 % contre 2,1 % le mois précédent. La moyenne sur douze mois s’établit à 2,6 %, sous le seuil communautaire de convergence de 3 % fixé par la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac).
Finances publiques : le spectre de la subvention de 2022
Le second front, tout aussi sensible, est budgétaire. Le maintien des prix administrés à la pompe dans un environnement international haussier creuse mécaniquement le besoin de financement des mécanismes de stabilisation. Plus l’écart entre le coût réel d’importation et le prix payé par le consommateur camerounais s’élargit, plus l’ardoise supportée par l’État grossit.
Le précédent de 2022 sert de mémoire cautionnaire. Après le déclenchement du conflit russo-ukrainien, la subvention aux produits pétroliers avait franchi la barre des 1 000 milliards de FCFA, chiffre révélé par le chef de l’État lors de son adresse à la nation du 31 décembre 2023. Pour endiguer cette dérive, deux relèvements successifs des prix à la pompe ont été décidés, en 2023 puis en 2024, ramenant la subvention à 640 milliards de FCFA, puis à 263 milliards de FCFA. Ces ajustements ont toutefois nourri l’inflation et amputé le pouvoir d’achat des ménages.
Un arbitrage politique délicat en perspective
Les autorités camerounaises se retrouvent face à un dilemme classique mais éprouvant. Préserver la trajectoire d’assainissement des comptes publics, dans un contexte de besoins croissants pour l’administration et les projets d’infrastructures, plaide pour une nouvelle vérité des prix. À l’inverse, tout relèvement à la pompe fragiliserait un tissu productif déjà comprimé et éroderait davantage le pouvoir d’achat. L’équation politique est d’autant plus délicate que la mémoire des mouvements sociaux ayant suivi les précédents ajustements reste vive.
L’INS tempère néanmoins l’alerte. Les niveaux atteints en mai 2026 représentent environ 59 % du pic de juillet 2022 pour le super et 71 % pour le gasoil. Le risque tient donc moins à un choc immédiat qu’à la vitesse de la dégradation observée depuis février. La suite dépendra largement de l’évolution géopolitique au Moyen-Orient : un apaisement des tensions favoriserait une stabilisation des marchés, tandis qu’une escalade prolongerait la pression sur les coûts d’approvisionnement, les prix à la consommation et la facture de stabilisation. Selon Investir au Cameroun, la flambée du coût d’importation du gasoil agit d’ores et déjà comme un signal d’alerte pour l’économie nationale.
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