Bassirou Diomaye Faye prépare les Sénégalais à des temps difficiles

Scenic view of colorful colonial buildings and boats on Goree Island, Senegal.Photo : Emeka Mbaebie / Pexels

Le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye a choisi un format inhabituellement long pour s’adresser au pays. Plus de deux heures d’entretien, samedi 2 mai au soir, face à un trio de journalistes représentant la Radiodiffusion télévision sénégalaise (RTS) publique, ainsi que les chaînes privées Walf TV et TFM. L’exercice, rare dans son ampleur, visait à reprendre la main sur le récit politique et économique, à un moment où la coalition au pouvoir traverse ses premières zones de turbulence. Le chef de l’État a prévenu ses concitoyens : les mois qui viennent imposeront des arbitrages douloureux.

Un cadrage économique sous tension

Le diagnostic présidentiel s’est concentré sur la trajectoire budgétaire du Sénégal, marquée par la révélation, depuis l’arrivée au pouvoir du tandem Faye-Sonko en avril 2024, de comptes publics plus dégradés qu’annoncés sous l’ancien régime. Cet héritage contesté pèse sur la relation avec les bailleurs internationaux et complique le déploiement du programme de transformation économique présenté comme la matrice du quinquennat. Bassirou Diomaye Faye n’a pas éludé la perspective de mesures impopulaires, évoquant explicitement des temps difficiles à traverser pour les ménages comme pour les entreprises.

Le contexte est connu des marchés. Dakar négocie avec le Fonds monétaire international (FMI) un nouveau cadre de coopération après la suspension du programme précédent, conséquence directe des révisions statistiques opérées par les nouvelles autorités. La rigueur attendue se traduira par un encadrement plus strict de la dépense publique, des arbitrages sur les subventions et une recherche accrue de recettes fiscales. Le président a tenu à inscrire ces contraintes dans une logique de souveraineté assumée, présentant la consolidation budgétaire comme la condition d’une autonomie retrouvée plutôt que comme une simple injonction extérieure.

Diomaye et Sonko : la fissure assumée

L’autre temps fort de l’interview tient à la lecture, désormais publique, des divergences entre le chef de l’État et son Premier ministre Ousmane Sonko, par ailleurs président du Pastef, la formation qui a porté les deux hommes au pouvoir. Bassirou Diomaye Faye a reconnu sans détour des points de désaccord avec le parti au pouvoir, sans rompre toutefois avec la dynamique politique qui structure l’exécutif. La nuance est stratégique : il s’agit pour le président d’incarner une fonction d’arbitrage tout en préservant la majorité parlementaire issue des législatives anticipées.

Cette mise au point intervient après plusieurs séquences où la communication d’Ousmane Sonko, plus offensive, avait semblé déborder le périmètre traditionnellement dévolu à la Primature. Sur les nominations, la conduite des dossiers sensibles ou le ton à adopter face aux contre-pouvoirs, les deux têtes de l’exécutif n’occupent pas toujours la même ligne. En reconnaissant ces frictions, le chef de l’État cherche à clarifier la hiérarchie institutionnelle sans provoquer de rupture frontale, dans un pays où l’alternance de mars 2024 reste un capital politique fragile.

Un signal envoyé aux partenaires et aux marchés

Au-delà du débat interne, l’intervention présidentielle s’adresse aussi aux investisseurs, aux bailleurs et aux partenaires régionaux. Le Sénégal entame l’exploitation de ses gisements d’hydrocarbures, avec les champs de Sangomar pour le pétrole et de Grand Tortue Ahmeyim, partagé avec la Mauritanie, pour le gaz. Les revenus attendus ne suffiront pas, à court terme, à compenser le besoin de financement de l’État, ce qui rend la crédibilité de la signature souveraine déterminante.

En affichant un discours de vérité économique, le président tente de reconstituer une prime de confiance auprès des marchés financiers, alors que les conditions d’emprunt se sont durcies pour la plupart des émetteurs subsahariens. Le pari est risqué : préparer l’opinion à des mesures impopulaires expose à un coût politique immédiat, mais l’absence de transparence pèserait davantage sur la capacité du pays à se refinancer. Reste à savoir si la cohésion entre la présidence et la Primature résistera à la mise en œuvre concrète de ces arbitrages, dont les premiers effets se feront sentir dans les arbitrages budgétaires des prochains mois. Selon RFI Afrique.

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About the Author

Serge Kaboré
Journaliste politique, Serge Kaboré suit les trajectoires électorales et la gouvernance publique dans l'espace francophone ouest-africain. Ses analyses portent sur les alternances démocratiques, la réforme de l'État, les transitions militaires et les politiques publiques structurantes dans les domaines de l'éducation et de la santé.

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