Moody’s maintient l’alerte sur le risque politique au Cameroun

Stunning aerial view of Yaoundé cityscape with green landscapes and urban architecture.Photo : K / Pexels

Le risque politique au Cameroun demeure élevé aux yeux de Moody’s Investors Service, malgré les récentes précisions apportées par les autorités sur le cadre institutionnel de la succession présidentielle. L’agence de notation américaine estime que les mécanismes constitutionnels formels ne suffisent pas, à eux seuls, à dissiper les incertitudes qui entourent la trajectoire politique du pays d’Afrique centrale, dirigé sans interruption depuis 1982 par Paul Biya. Cette évaluation intervient dans un contexte où les investisseurs internationaux scrutent avec une attention particulière les fondamentaux souverains des économies de la zone CEMAC.

Une clarification institutionnelle jugée insuffisante

La Constitution camerounaise, révisée en 2008, prévoit que le président du Sénat assure l’intérim en cas de vacance du pouvoir, avant l’organisation d’une élection présidentielle dans un délai encadré. Ce dispositif, réactivé dans le débat public ces derniers mois, a été présenté comme un facteur de stabilité par les autorités de Yaoundé. Pour autant, Moody’s ne modifie pas son diagnostic. L’agence considère que la lettre du texte ne préjuge ni de son application effective, ni des équilibres politiques réels qui se joueront le moment venu au sein de l’appareil d’État et du parti au pouvoir, le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC).

Cette lecture reflète une méthodologie classique des agences de notation : la solidité formelle des institutions est pondérée par l’appréciation de leur capacité opérationnelle à absorber un choc. Or, dans le cas camerounais, la longévité exceptionnelle du chef de l’État, l’absence de dauphin désigné et la concentration des leviers de décision au sommet de l’exécutif alimentent une prime de risque persistante. Les analystes soulignent également que les tensions dans les régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, ainsi que la menace sécuritaire liée à Boko Haram dans l’Extrême-Nord, s’ajoutent au tableau.

Un signal coûteux pour le financement souverain

Le maintien de cette alerte n’est pas neutre sur le plan financier. Le Cameroun, noté en catégorie spéculative par les principales agences, mobilise régulièrement les marchés régionaux et internationaux pour couvrir ses besoins de trésorerie et financer ses investissements en infrastructures. Une perception dégradée du risque politique se traduit mécaniquement par un renchérissement des primes exigées par les investisseurs, qu’il s’agisse d’émissions eurobond ou de titres publics libellés en francs CFA sur le marché de la Beac.

Le pays affiche par ailleurs un profil de dette dont la soutenabilité fait l’objet d’un suivi rapproché du Fonds monétaire international (FMI), dans le cadre du programme conclu avec Yaoundé. La combinaison entre incertitude politique et exigences d’ajustement budgétaire complique l’équation pour les gestionnaires de la dette publique. Concrètement, chaque dixième de point supplémentaire sur les taux se traduit par plusieurs milliards de francs CFA de charges d’intérêts additionnelles sur la durée de vie des emprunts concernés.

La CEMAC face à un risque de contagion perceptive

Au-delà du seul Cameroun, l’appréciation de Moody’s a une portée régionale. Première économie de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC), le pays représente près de 40 % du PIB de la zone et pèse lourdement sur les équilibres monétaires gérés par la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC). Une déstabilisation politique à Yaoundé aurait des répercussions immédiates sur les réserves de change communes, sur la crédibilité de l’arrimage du franc CFA à l’euro et sur l’appétit des investisseurs pour l’ensemble des signatures souveraines de la sous-région.

Reste que les autorités camerounaises disposent de plusieurs leviers pour rassurer les marchés. La publication d’un calendrier électoral clair, la transparence sur les mécanismes internes du RDPC et la poursuite des réformes de gouvernance figurent parmi les attentes régulièrement formulées par les partenaires techniques et financiers. À l’inverse, tout retard ou opacité supplémentaire dans le processus de transition alimentera la thèse défendue par Moody’s et ses concurrents Fitch et S&P Global Ratings. Selon Financial Afrik, l’agence américaine estime que la clarification institutionnelle ne remplace pas une véritable visibilité politique.

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About the Author

Aïcha Diallo
Journaliste financière, Aïcha Diallo couvre les marchés de capitaux ouest-africains, le secteur bancaire et le paiement mobile. Diplômée en finance d'une grande école de commerce, elle a travaillé dans l'analyse économique avant de se consacrer au journalisme. Elle décrypte les stratégies des groupes bancaires panafricains et les décisions des régulateurs régionaux.

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