Le développement industriel de la bauxite de Minim-Martap, longtemps présenté comme l’un des jalons de la relance minière camerounaise, se heurte à un durcissement inattendu de son principal bailleur. Dans une mise à jour publiée le 24 août, la junior australienne Canyon Resources confirme que sa filiale locale Camalco a reçu d’AFG Bank Cameroun une notification suspendant tout nouveau tirage sur la facilité syndiquée de 82 milliards de FCFA. Conséquence directe : l’entreprise retire officiellement son calendrier de première exportation, jusqu’ici fixé au quatrième trimestre 2026.
La publication du communiqué a permis à l’Australian Securities Exchange (ASX) de lever la suspension volontaire de cotation en vigueur depuis le 20 août. Mais si la parenthèse boursière se referme, le dossier bancaire, lui, reste ouvert. Camalco dispose de quinze jours pour transmettre les informations financières réclamées par le prêteur et de trente jours pour organiser une visite du site jugée satisfaisante. À ce stade, la mesure n’équivaut pas à une annulation du crédit, mais elle immobilise la phase d’infrastructures censée aboutir à la première expédition de minerai.
Un revirement à cinq mois d’intervalle
Le contraste avec la communication précédente de Canyon est saisissant. À la signature du crédit, en mai 2025, la facilité de 82 milliards de FCFA, complétée par 24,5 millions de dollars australiens attendus de l’exercice d’options par Eagle Eye Asset Holdings, était présentée comme suffisante pour boucler la première phase. Le prêt, consenti à taux fixe de 8 % hors TVA sur huit ans, est adossé aux concessions minières, aux équipements, aux comptes du projet et aux créances commerciales futures, avec des garanties additionnelles de Canyon et de son actionnaire A2MP.
Au 31 juillet 2026, environ 75 millions de dollars américains, soit près de 42,1 milliards de FCFA, avaient été tirés sur la ligne. La trésorerie complémentaire s’établissait à 31 millions de dollars australiens, l’équivalent de 12,5 milliards de FCFA. Canyon annonce désormais réduire toutes les dépenses non essentielles pour préserver ses ressources. En mars 2026 encore, la société assurait pouvoir financer l’ensemble du chemin jusqu’à la première expédition, alors prévue au troisième trimestre. L’échéance a d’abord glissé au quatrième trimestre, avant d’être purement et simplement effacée du calendrier officiel.
Une chaîne logistique encore inachevée
Sur le terrain, les briques industrielles s’assemblent lentement. Les sept locomotives destinées au projet sont arrivées au Cameroun, mais seuls 60 des 160 wagons commandés sont désormais attendus dans les huit prochaines semaines, alors que leur livraison avait été annoncée pour la mi-août. Les essais combinés d’engins tractés et de rames sont reportés au quatrième trimestre 2026. Cette flotte initiale ne permettra d’acheminer qu’environ 35 000 tonnes de bauxite par mois, soit 420 000 tonnes par an, à peine 21 % de l’objectif de deux millions de tonnes visé en phase 2.
Pour franchir ce palier, Canyon évalue à 160 millions de dollars, environ 89,7 milliards de FCFA, les investissements supplémentaires nécessaires en matériel roulant et en travaux de voie. La route reliant la mine au terminal ferroviaire est présentée comme quasiment achevée, avec toutefois deux horizons contradictoires — deux semaines dans le corps du communiqué, quatrième trimestre dans le résumé. Plus en aval, le dispositif de dragage et de transbordement au port de Douala n’est toujours pas arrêté : ni prestataire, ni coût définitif, ni calendrier ferme.
L’OPA d’A2MP en toile de fond
Le contexte capitalistique complique la lecture. A2MP Investments FZCO, société basée à Dubaï et contrôlée à 97,3 % par Eagle Eye Asset Holdings, détient avec ses alliés 55,56 % de Canyon. Son offre publique d’achat, à 0,05 dollar australien par action, affiche une décote de 42,5 % sur le cours de clôture du 28 juillet. L’actionnaire majoritaire justifie l’opération par la dégradation des hypothèses de l’étude de faisabilité, entre inflation logistique et érosion attendue de la prime commerciale du minerai camerounais. Selon A2MP, le projet pourrait ne plus être viable dans sa configuration actuelle.
Canyon oppose à cette lecture une note du CM Group publiée en août, qui maintiendrait une fourchette de prix long terme de 78 à 86 dollars la tonne sèche pour une bauxite titrant 51 % d’alumine et 2 % de silice maximum. La société a mandaté Jefferies pour explorer des financements adossés aux contrats d’enlèvement, des prépaiements clients, des partenariats industriels et de nouvelles émissions en fonds propres, tout en reconnaissant qu’aucune issue n’est garantie. Le comité indépendant doit rendre sa réponse à l’OPA au plus tard le 3 septembre, l’offre restant ouverte jusqu’au 21 septembre. Pour Yaoundé, la première tonne exportée de Minim-Martap ne dispose désormais plus d’aucune date officielle. Selon Investir au Cameroun, la reprise de la cotation ne lève ni l’incertitude bancaire ni les verrous logistiques du projet.
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